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Résoudre les mystères de la vie
Des chercheurs du manitoba innovent dans l'étude des protéines, les composés biochimiques qui jouent un rôle essentiel dans toutes les cellules vivantes. Leurs recherches pourraient un jour mener à de nouveaux traitements pour des maladies et des problèmes de santé allant de l'insuffisance rénale à la grippe.
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| Le Dr John Wilkins affirme que la recherche sur les protéines à l'Université du Manitoba pourrait mener à de nouveaux traitements médicaux |
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PAR JOEL SCHLESINGER
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, novembre / décembre 2011
Le Dr John Wilkins est la première personne à admettre que les
quatre énormes appareils qui se trouvent dans son laboratoire
ne sont pas les meilleurs exemples d'esthétisme technologique.
Volumineux et encombrants, avec des fils qui
sortent de partout, il est assez évident que ces
appareils appelés spectromètres de masse n'ont
pas été conçus par le regretté Steve Jobs.
« Regardez-les, dit-il un peu à la blague, en
voyant un de ces appareils, ma femme a dit qu'il
ressemblait à un frigo pour la bière ».
Toutefois, pour le Dr Wilkins, directeur du
Manitoba Centre for Proteomics and Systems
Biology, la beauté de ces instruments, sans
mentionner leur valeur, ne repose pas sur
leur apparence. Le iPod et le iPad de Jobs ont
peut-être révolutionné la façon dont les gens
écoutent de la musique ou lisent le présent
article, mais les appareils qui se trouvent dans
le laboratoire du Dr Wilkins vont beaucoup plus
loin. Ils percent les mystères de la vie.
Conçu à l'origine par des physiciens et utilisé
pendant des décennies dans les domaines de
la physique et de la chimie pour identifier et
comprendre la nature des molécules et des
particules encore plus petites, le spectromètre
de masse sert maintenant à recueillir des
données auparavant inaccessibles sur les
protéines, des composés biochimiques
essentiels à toute forme de vie.
Il n'est pas surprenant que le coût de ces
appareils capables d'accomplir de telles
prouesses soit proportionnel à leur manque
d'esthétisme, c'est-à-dire 800 000 $ chacun. Le
fait que le Dr Wilkins en possède quatre révèle
que son centre est l'un des mieux outillés au
Canada.
Ce n'est pas peu dire. Situé au septième
étage du Centre de recherche John Buhler du
campus Bannatyne de l'Université du Manitoba,
ce centre fondé en 2006 a contribué à placer
Winnipeg à l'avant-garde de la recherche sur les
protéines, aussi appelée protéomique.
Ces travaux sont importants. Si l'ADN
est le code de la vie, les protéines sont
essentiellement les ouvriers qui fabriquent
chaque cellule vivante. En comprenant leur
fonctionnement, on peut découvrir ce qui se
produit lorsque des cellules sont infectées ou
sont malades.
Bien que les scientifiques aient toujours su
que les protéines étaient importantes dans les
systèmes biologiques, ce n'est qu'au cours des
15 à 20 dernières années qu'ils ont commencé
à comprendre l'important rôle qu'elles jouent
dans la coordination du fonctionnement des cellules vivantes grâce en grande
partie aux percées réalisées à l'aide de la
spectrométrie de masse.
La beauté de la nouvelle technologie est
qu'elle permet d'identifier immédiatement
plusieurs protéines dans un échantillon.
« Avec la spectrométrie de masse, nous
pouvons voir dans une analyse plusieurs
milliers de protéines d'un seul coup », dit-il.
Plus précisément, les appareils peuvent
détecter des chaines d'acides aminés, ou
peptides, qui forment les protéines.
Le Dr Wilkins, qui est professeur de
biochimie, de génétique médicale,
d'immunologie et de médecine interne
à la faculté de médecine de l'Université
du Manitoba, explique que l'appareil est
doté d'une telle précision qu'il peut être
programmé pour détecter seulement
certains enchaînements d'acides aminés
afin de cibler des protéines précises dans un
échantillon. « On peut être assez sûr qu'une
protéine est présente dans un échantillon,
dit-il. Nous disons souvent que la possibilité
qu'il s'agisse d'autre chose est d'une chance
sur 10 à la puissance 100».
Malgré l'importance qu'ont ces appareils
pour comprendre le fonctionnement des
protéines, ils ne peuvent pas faire l'analyse
seuls. Il faut des chercheurs de haut
niveau qui possèdent les connaissances,
l'imagination et la perspicacité nécessaires
pour comprendre ce que révèlent les
protéines. Winnipeg a un nombre
grandissant de scientifiques qui présentent
le profil requis. Pendant la rédaction du
présent article, des scientifiques mènent
des recherches afin de percer les mystères
du cancer, de l'insuffisance rénale et de la
grippe.
« Les biomarqueurs représentent l'un des
domaines offrant le plus de possibilités »,
ajoute le Dr Wilkins.
« Nous aimerions pouvoir prélever un
échantillon chez une personne en vue de
déterminer si elle possède un marqueur
qui indiquerait qu'elle a un cancer ou une
maladie inflammatoire. »
Parmi les projets de recherche de premier
plan menés au centre qui démontrent
d'éventuels avantages cliniques pour les
patients, citons une étude sur la fonction
rénale chez les patients
ayant eu une chirurgie
cardiaque.
La Dre Julie Ho,
néphrologue et professeure adjointe au
département de médecine interne de
l'Université du Manitoba, travaille au centre
depuis 2006 où elle étudie l'effet des
pontages coronariens sur les reins.
« Lorsqu'un patient subit une chirurgie
cardiaque, on utilise un appareil de
circulation extracorporelle, car le coeur
doit être arrêté pour permettre l'opération,
explique-t-elle. Cependant, le débit
sanguin de l'organisme n'est pas le même
que lorsque le coeur fonctionne et les
gens peuvent développer des problèmes
d'insuffisance rénale après coup. »
Dans le cadre de ses recherches, la Dre Ho
a prélevé des échantillons d'urine chez des
patients avant, durant et après la chirurgie.
Elle a ensuite comparé les échantillons
prélevés chez des patients n'ayant pas eu
de problème d'insuffisance rénale à ceux
prélevés chez des patients qui en ont eu.
À l'aide de la spectrométrie de masse,
son équipe a été en mesure de déterminer
que les patients affichant de faibles taux
d'un certain type de protéine ont développé
une insuffisance rénale après la chirurgie
cardiaque, contrairement aux patients qui
présentaient des taux élevés. « Chez les
patients ayant eu une chirurgie cardiaque,
nous avons identifié une nouvelle protéine,
appelée hepcidine-25, et nous avons été capables de démontrer sa présence chez
les patients à faibles risques d'insuffisance
rénale. »
Cette découverte pourrait contribuer
à améliorer sur-le-champ les soins,
car on peut analyser en laboratoire les
échantillons d'urine des patients pour y
déceler les protéines immédiatement après
la chirurgie.
Les patients chez qui la protéine
est présente sont moins à risque de
développer une insuffisance cardiaque,
mais les patients qui présentent un
faible taux de cette protéine ou n'en
ont pas du tout sont tous à risque. Les
professionnels de la santé pourront alors
être plus vigilants et surveiller les signes de
problèmes rénaux chez ces patients.
Cependant, elle doit confirmer ses
résultats sur un plus important bassin
populationnel. « Pour passer à la pratique
clinique, nous devons prouver que les
résultats ne touchent pas seulement un
petit groupe de personnes, car il pourrait
y avoir d'importantes variations dans la
population », mentionne-t-elle.
Jusqu'ici, elle n'a évalué que des
échantillons prélevés au Centre de soins cardiaques de l'Hôpital Saint-Boniface.
« Voilà pourquoi nous travaillons
maintenant avec les responsables
d'une étude multicentrique de
l'Université Yale. » À Yale, des
échantillons d'urine de patients
ayant subi une chirurgie cardiaque
ont été prélevés dans le monde
entier dans le cadre d'une étude
de cohorte. Si la corrélation reste
la même dans de nombreuses
régions géographiques, la
Dre Ho affirme que ce sera
une bonne indication
que la protéine
hepcidine-25 est un
bon marqueur pour
l'insuffisance rénale
et pourrait jouer un
rôle préventif pour
protéger les reins
durant la chirurgie.
Ses recherches ne s'arrêtent toutefois
pas là. La prochaine étape consistera à
développer un outil de diagnostic qui
permettra de détecter rapidement la
protéine dans l'urine. Pour l'instant, le test
consiste à envoyer des échantillons d'urine
en laboratoire, ce qui est trop long pour
surveiller les niveaux de protéines durant
une chirurgie. Après tout, les niveaux de
protéines peuvent être adéquats avant
l'intervention, mais peuvent commencer
à chuter une fois que
le coeur est arrêté
et qu'un appareil
externe prend la
relève.
« Notre
objectif
ultime
consisterait
à élaborer
un test
du papier tournesol
qui nous permettrait de
tremper une bandelette dans
l'urine pour voir si elle change
de couleur afin de nous indiquer la
présence ou l'absence de la protéine. »
Bien qu'il s'agisse de l'objectif visé
du point de vue diagnostique, la Dre Ho
ajoute qu'elle espère aussi que la protéine
puisse être administrée aux patients
dont les taux sont faibles afin de prévenir
l'insuffisance rénale. « Nous devons
franchir de très nombreuses étapes avant
d'en arriver à ce point », dit-elle.
La première étape consisterait
probablement à utiliser des souris en
laboratoire. Il faudrait restreindre la
circulation sanguine vers les reins et
prélever des échantillons d'urine et de
sang afin de déterminer si l'injection
de la protéine à l'animal a un effet
protecteur. Ici aussi, la spectrométrie de
masse pourrait être très utile, car bien que l'administration de la protéine puisse
être efficace pour prévenir les dommages
aux reins, elle pourrait aussi entraîner
des effets secondaires ailleurs dans
l'organisme.
La spectrométrie de masse pourrait
aider à détecter les changements
potentiels au niveau moléculaire.
La Dre Ho travaille aussi à une autre
étude au centre qui porte sur cette
technologie dans le domaine des
maladies du rein. Cette recherche vise à
identifier les protéines qui pourraient être
en cause dans le rejet chez les patients
ayant reçu une greffe de rein.
« Le rein du donneur ne dure pas
éternellement, peut-être 10 à 15 ans en
moyenne », explique-t-elle.
Certains receveurs obtiennent toutefois
de bien meilleurs résultats. Le rein qu'ils
ont reçu dure 20 ans ou plus et, en
général, les spécialistes ne comprennent
pas pourquoi ces patients obtiennent
des résultats optimaux contrairement à
d'autres. « Nous voulons voir si nous
pouvons améliorer la durée d'une greffe
de rein et trouver des indicateurs qui
pourraient montrer à quel moment le
rein pourrait cesser de fonctionner. »
Elle explique que la protéomique
a joué un rôle clé dans la découverte
des protéines qui peuvent être liées à
l'insuffisance rénale précoce chez les
patients greffés. Jusqu'ici, la recherche
a permis d'identifier deux protéines : la
protéine chimiotactique monocytaire-1
(MCP-1) et la chimiokine 10 de la
famille CXC (CXCL10).
« Les analyses d'urine
effectuées sur les
patients six mois après
une greffe
de rein ont
révélé que
les patients
chez qui les
taux de protéines
MCP-1 étaient
plus élevés auront
vraisemblablement une
cicatrisation du greffon à
la biopsie de deux ans. »
En effet, les patients qui affichent des taux élevés de cette
protéine après la greffe sont plus
susceptibles d'avoir une cicatrisation
au rein et la cicatrisation est associée
à l'insuffisance rénale précoce. On
soupçonne l'autre protéine, CXCL10, de
jouer un rôle dans le rejet du rein greffé.
Idéalement, la Dre Ho aimerait trouver
dans ces deux cas un test simple qui
permettrait de mesurer le taux de
protéines. Ainsi, lorsque les patients qui
vivent en régions éloignées viendraient
à la clinique, leur taux de protéines
pourrait rapidement être analysé.
« Nous sommes capables de démontrer
que la protéine CXCL10 est un marqueur
de rejet, mais elle est similaire au
marqueur protéique chez les patients
cardiaques, explique-t-elle. Nous devons
démontrer que la présence de la protéine
est un marqueur du rejet d'une greffe
rénale dans une plus grande partie de la
population. »
La découverte n'est qu'un début pour
la Dre Ho. La relation entre ces protéines
et l'insuffisance rénale reste inconnue,
mais elle donne une piste pour trouver
une éventuelle thérapie préventive
de l'insuffisance rénale. Le centre de
protéomique jouera donc encore une
fois un rôle charnière.
Une des principales questions en
suspens consiste à déterminer si le
blocage de la production de protéines
préviendrait les dommages rénaux.
La Dre Ho affirme que ces recherches
seront faites à long terme et, comme
c'est le cas dans de nombreuses autres
recherches sur les causes profondes des
maladies menées au centre, elles feront
appel aux banques d'ARNsh.
Pour comprendre l'importance des
banques, il est bon d'avoir quelques
notions de biologie fondamentale.
Toutes les formes de vie sont
composées de cellules. Chaque cellule
contient de l'acide désoxyribonucléique
(ADN) qui comporte toutes les
informations génétiques de la cellule. Il
s'agit du code de fabrication de toutes
les parties d'une cellule. Toutefois, cette
information doit être traduite pour que
la cellule fabrique les produits encodés.
Les renseignements sont donc fournis au
moyen d'un plan d'exécution transmis
par les ARN messagers (ARNm) qui
dirigent l'assemblage des produits finis,
à savoir les protéines. Les ARNm agissent
comme un entrepreneur en construction, dirigeant les cellules en vue de fabriquer
des protéines particulières qui, à leur
tour, se chargent des processus cellulaires
nécessaires à la vie.
« Les protéines jouent le rôle de la
machinerie, explique le Dr Wilkins. Elles
sont donc fabriquées selon l'information
présente dans l'ARNm. La protéine est
ensuite responsable de fabriquer à peu
près tout ce qui entre dans la composition
de la cellule, qu'il s'agisse ou non de
protéine. »
Lors de la dernière décennie, des
chercheurs ont découvert qu'ils peuvent
manipuler les activités de différents
ARNm à l'aide de courts brins d'ARN, plus
communément appelés ARNsh interférents.
Cet ARN spécialisé peut se fixer à l'ARN et
l'empêcher de diriger la fabrication de la
protéine liée à cette partie précise du gène.
Les scientifiques appellent ce phénomène
une « invalidation ». En effet, l'ARNsh
supprime ou freine l'expression génétique
de l'ARNm.
« Cette invalidation de la protéine
signifie qu'il manque désormais une partie
à la cellule. Nous pouvons maintenant
voir ce qui se produit en l'absence de
cette protéine dans la cellule », affirme le
Dr Wilkins.
C'est ici qu'entre en jeu la banque
d'ARNsh du centre. On y trouve 70
000 de ces différentes sortes d'ARNsh
interférents qui reconnaissent un seul
gène.
La technique d'utilisation de l'ARNsh
pour bloquer la fabrication de certaines
protéines est l'un des éléments centraux
des recherches menées au centre par leDr Kevin Coombs sur le virus de la grippe.
Le Dr Coombs, professeur de
microbiologie médicale à la faculté de
médecine de l'Université du Manitoba,
et son équipe ont adopté une approche
unique pour comprendre le virus.
Normalement, un virus infectieux
pénètre dans la cellule hôte et détourne
ses mécanismes génétiques. On peut le
comparer à un imposteur qui prétend
être l'ARN normal, l'entrepreneur en
construction de la cellule qui dirige la
protéosynthèse.
Le virus s'approprie ce rôle. Il indique à la
cellule de fabriquer des protéines pour se
répliquer. Ce manège se poursuit jusqu'à
ce qu'un nombre suffisant de particules
virales,
appelées
virions, sont
fabriquées, puis libérées
de la cellule, la tuant. Les virions
vont ensuite infecter d'autres cellules.
Ce processus se répète et entraîne la
propagation de l'infection jusqu'à ce que le
système immunitaire de l'organisme repère
l'envahisseur viral et l'attaque.
D'autres chercheurs ont déjà utilisé l'ARNsh pour s'en prendre directement au
virus, dont les gènes sont entièrement faits
d'ARN, et pour l'empêcher d'utiliser les
protéines de la cellule hôte dans le but de
se répliquer.
En utilisant l'ARNsh pour bloquer une
partie de l'ARN du virus, les chercheurs
ont empêché le virus de la grippe de
se propager dans l'organisme freinant
ainsi sa capacité d'utiliser une protéine
essentielle à sa réplication. Ce processus
a mené au développement de nouveaux
antiviraux.
Toutefois, le Dr Coombs explique que
leur efficacité est limitée. « Cela s'explique
parce que même si les gens freinent le virus
en utilisant contre lui l'ARN interférent, le
virus continue sa mutation et déjoue cette
stratégie. Même si la stratégie est bonne,
le virus la contourne. Voilà pourquoi nous
devons essayer autre chose. »
Le Dr Coombs cherche plutôt à bloquer la
fabrication des protéines à l'intérieur de la
cellule qui sont nécessaires à la production
du virus. Ainsi, même si le virus est capable
d'utiliser des protéines, celles-ci ne seront
pas disponibles dans la cellule hôte et le
virus sera incapable de se répliquer.
Les étapes initiales de cette étude
consistaient à utiliser un spectromètre de
masse pour déterminer quelles protéines
à l'intérieur de la cellule sont nécessaires
à la réplication du virus de la grippe.
Toutefois, il fallait aussi utiliser l'ARN
interférent pour empêcher une partie
des gènes de la cellule hôte de bloquer
la fabrication de certaines protéines.
Jusqu'ici, ils ont identifié une douzaine
de gènes qui amènent la cellule à
fabriquer des protéines essentielles à la
réplication du virus.
La prochaine étape consiste à
déterminer ce qui se produit s'ils
« invalident » un de ces gènes à l'intérieur
de la cellule. « Pouvons-nous stopper
quelque chose à l'intérieur de la cellule
sans lui causer de tort tout en freinant le
virus?, demande-t-il. D'un point de vue
thérapeutique, nous espérons démontrer
qu'il n'y a pas d'effet secondaire causé à la
cellule, mais que le virus en souffrira. »
Cependant, les effets causés par la
mutation d'un gène en vue de bloquer
la production d'une protéine pourraient
entraîner des effets secondaires, selon lui.
« Le problème repose sur le fait que
les protéines nécessaires à un type de
cellule peuvent aussi être nécessaires à
d'autres types de cellules de l'organisme.
Ainsi, si on empêche les cellules de
fabriquer une protéine en particulier
dans l'organisme, il pourrait y avoir de
graves conséquences. En laboratoire,
nous utilisons quelques types de cellules
pour déterminer ce qui pourrait être
utile, mais il se peut que ce qui donne
de bons résultats en laboratoire puisse
nuire aux fonctions vitales et ne pas être
une approche thérapeutique viable »,
explique le Dr Wilkins.
En fait, une importante partie des
recherches menées au centre sont axées
sur la découverte des interconnexions
entre le matériel génétique et les
protéines dans une cellule sur les
milliards de cellules que contient
le corps. C'est cette branche de la
recherche qui représente le plus grand
défi.
Il est déjà assez complexe de trouver un
gène à cibler afin de prévenir la production
d'une protéine dans une cellule de façon
à empêcher un virus de se répliquer, mais
il est exponentiellement encore plus
compliqué de déterminer quelles autres
fonctions de l'organisme pourraient être
affectées.
L'étude de ces relations est appelée
biologie des systèmes et elle repose sur
une analyse complexe de statistiques
mathématiques pour comprendre les
multiples résultats potentiels.
Curieusement, cette technique a été
implantée dans un tout autre domaine
d'études, les sciences sociales. Durant la
guerre froide, certains états communistes
étaient déterminés à trouver les dissidents
politiques en étudiant les interactions
sociales. Ils ont créé de complexes
cartes d'interactions afin de tenter de
comprendre les vastes relations entre les
citoyens. Les cartes comportaient des
millions de connexions, révélant des
liens potentiels entre des étrangers qui
ne s'étaient même jamais rencontrés.
Ce travail a éventuellement mené à
l'élaboration du réseautage social qui est
si populaire de nos jours avec les médias
sociaux, mentionne le Dr Wilkins.
Le même concept peut être appliqué
sur le plan cellulaire, avec une
complexité supplémentaire compte tenu
du fait que ces relations ne peuvent
pas être observées directement. « Une
protéine est un peu comme un outil
multifonctionnel et on pense que
chaque protéine est capable d'interagir
avec environ six partenaires, explique
le Dr Wilkins. Ces partenaires peuvent
déterminer ce que fait la protéine ou à
quel endroit elle le fait. On pourrait donc
la rediriger. »
Compte tenu du fait qu'il y a des
milliers de protéines différentes, les
relations peuvent être complexes
et l'élaboration de modèles sera
longue. Cependant, une fois que
les scientifiques auront développé
ces modèles, ils pourront aider les
chercheurs à déterminer quelles seront
les répercussions d'un blocage des effets
d'une protéine ou d'une augmentation
de la quantité d'une autre protéine en
dehors du traitement visé.
Dans l'intervalle, le Dr Coombs et
d'autres chercheurs poursuivent leur
travail de laboratoire au centre. À travers
leurs microscopes, ils étudient de près
des échantillons de cultures cellulaires
ayant été traitées à l'ARN interférent.
Ils observent non seulement l'effet du
virus de la grippe dans la cellule, mais
ils veulent aussi savoir si la cellule est
endommagée.
« Lorsque nous les regardons sous le
microscope, elles ont l'air parfaitement
normales, mais nous pouvons aussi faire
un test avec un colorant spécial qui
révélera la différence entre des cellules
qui se portent bien et des cellules mal en
point », poursuit-il.
L'atteinte de l'objectif ultime, la
découverte d'une nouvelle catégorie
d'antiviraux, demandera encore des
années. « Ce n'est pas comme dans un
feuilleton policier où les énigmes sont
résolues en une heure », ajoute le Dr
Coombs.
Comme pour les autres travaux menés
au Manitoba Centre for Proteomics and
Systems Biology, les résultats obtenus
permettent de mieux comprendre les
maladies. Cependant, la route qui mène
à la compréhension des méandres de la
maladie et à la découverte éventuelle de
nouveaux traitements sera certainement
longue, tortueuse et parsemée
d'embûches.
« Nous avons fait des progrès, mais
nous avons encore beaucoup de chemin à
parcourir », dit en terminant le Dr Coombs.
Joel Schlesinger est un rédacteur de Winnipeg.

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Le Courant
Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.
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