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Combler l'écart
Comment aider à construire des communautés en meilleure santé
PAR DR MICHAEL ROUTLEDGE
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, novembre / décembre 2011
Dix-neuf.
Tout en m'asseyant pour écrire cet article
pour Le Courant - le premier d'une série
d'articles traitant de questions de santé dans
notre communauté - ce nombre me revenait
sans cesse à l'esprit.
Permettez-moi d'expliquer pourquoi.
Dans nos sociétés occidentales, l'espérance
de vie s'est incroyablement allongée au cours
du siècle dernier. En 1900, l'espérance de
vie d'une femme au Canada était de 50 ans,
et celle d'un homme de 47 ans. Aujourd'hui,
elle est de 83 ans pour les femmes et de 79
ans pour les hommes.
Cette augmentation peut être attribuée en
partie aux progrès de la science médicale et
à notre capacité de diagnostiquer et traiter les
maladies plus efficacement. Cependant, la
raison principale de cet allongement se trouve
en dehors de la portée de nos systèmes de
soins de santé, dans l'avancée des politiques
et pratiques liées à la santé publique.
En fait, des 30 ans de gains réalisés en
moyenne au cours du 20e siècle - un progrès
incroyable si l'on considère qu'avant 1900,
le changement avait été minime pendant
plusieurs milliers d'années d'existence humaine
- 25 années sont attribuables aux progrès liés à
la santé publique.
En 1999, les Centers for Disease Control,
aux États-Unis, dressaient une liste de 10
grandes réalisations en santé publique d'après
la possibilité de prévention, et l'impact
sur la mortalité, la maladie et l'invalidité.
Au nombre de ces réalisations, on trouve
la vaccination, la sécurité des véhicules
automobiles, le contrôle des maladies
infectieuses (eau propre et meilleure hygiène),
des mamans et des bébés en meilleure santé,
et la reconnaissance du tabac comme danger
pour la santé. La conclusion la plus frappante
à tirer de cette liste, c'est que ce ne sont
pas les examens de haute technologie qui
améliorent le plus efficacement l'espérance
de vie. Par contre, d'autres changements
intervenus dans la société et l'environnement
contribuent à prévenir la maladie et ainsi à
améliorer la santé, le bien-être et la sécurité.
Pourtant, malgré l'allongement global de
l'espérance de vie, j'ai des raisons de penser
que nous pouvons faire mieux.
Ce qui nous amène au nombre 19.
Au coeur même de Winnipeg, entre les
quartiers où l'espérance de vie est la plus
longue et ceux où elle est la plus courte,
la différence est de 19 ans selon des
informations récentes. Pour bien mettre cet
énorme écart en perspective, disons qu'on
a estimé qu'avec l'élimination de tous les
cancers, l'espérance de vie connaîtrait un
allongement de l'ordre de seulement trois à
cinq ans.
En clair, l'écart de 19 ans porte à croire
que des éléments systémiques nuisent
à la santé de certains membres de nos
communautés beaucoup plus qu'à d'autres.
Et les incidences sont considérables. Des
gens meurent avant leur temps de maladies
chroniques et souffrent de maladie mentale,
tandis que le système de soins de santé peine
à répondre aux demandes de soins pour les
malades.
Que peut-on faire pour combler cet écart?
Assurément, nous devons continuer à aider
les gens à faire de bons choix personnels.
Mais nous devons aussi faire des changements
au niveau de la société et de l'environnement.
La campagne anti-tabac illustre bien
comment nous pouvons créer un changement
de comportement positif à l'échelle de la
population. Informer davantage des effets
nocifs du tabac a contribué à convaincre
les gens que fumer était mauvais pour eux.
Mais les principaux facteurs qui ont fait
chuter l'usage du tabac sont des changements
environnementaux : augmenter en taxant le
prix des cigarettes, imposer des espaces nonfumeurs.
Et bien que cette campagne ait été une
réussite, de nombreux adolescents et jeunes
adultes continuent à fumer, ce qui signifie qu'il y a encore beaucoup à faire.
La leçon est claire. Les personnes font des
choix, mais l'environnement dont la société
entoure une personne peut radicalement
influencer les choix qu'il ou elle fait. Notre
objectif en tant que société devrait être de
créer l'environnement qui favorise la prise
de décisions judicieuses.
Les possibilités d'amélioration sont
nombreuses, mais en voici quelques-unes
à prendre en considération :
Nutrition
Nous savons tous qu'un
régime équilibré est capital à une bonne
santé. Mais que faisons-nous pour garantir
que tous les membres de la société
ont accès à des aliments nutritifs à prix
abordables?
Familles saines
Nous savons que la
santé de nos enfants dépend de ce qu'ils
grandissent au sein d'un foyer chaleureux
et stimulant. Mais faisons-nous tout
notre possible pour que les mères et les
pères aient les outils et les compétences
nécessaires pour être de bons parents?
Mode de vie actif
Les experts de la
santé parlent souvent de la nécessité pour
les gens de faire plus d'exercice. Mais ne
pouvons-nous pas faire quelque chose de
plus pour nos communautés afin qu'il soit
pratique et sécuritaire d'y mener un mode
de vie actif?
Il ne s'agit là que de quelques-unes
des questions de santé auxquelles nous
sommes confrontés aujourd'hui. Ma
propre sensibilisation à ses écarts et
défis a commencé durant mes études de
médecine, et se poursuit aujourd'hui alors
que je suis médecin hygiéniste et médecin
généraliste. Nombre de mes patients
souffrent de maladies qui auraient pu être
évitées. Cela me rappelle constamment
que promouvoir la santé et prévenir la
maladie évitable sont préférables pour les
individus, et sont plus efficaces également
pour un système de soins de santé
durable.
Dans les mois à venir, je reviendrai
sur les incidences des problèmes
susmentionnés et d'autres, de même
que je proposerai quelques solutions.
L'article comportera essentiellement une
combinaison de conseils, s'adressant à
la fois à l'individu et à la société, visant
à améliorer la santé notamment en
étudiant les facteurs qui font que certains
soient en santé et d'autres malades. Ce
faisant, j'espère entamer un débat avec
vous sur les manières de construire une
communauté en meilleure santé. Peut-être
même arriverons-nous à trouver quelques
idées pour réduire cet écart de 19 ans.
Dr Michael Routledge est médecin
hygiéniste pour la Région sanitaire de
Winnipeg

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Le Courant
Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.
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