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Une question de suppléments

L'an dernier, on estime que 63 % des Canadiens ont ajouté des suppléments de vitamines et de minéraux à leur menu. Ces comprimés peuventils contrebalancer une mauvaise alimentation?

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Vitamines et minéraux

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PAR LIZ KATYNSKI
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, mars / avril 2011

Voici la routine matinale que suit Val Giesbrecht depuis près de 25 ans.

Elle prend d'abord un petit déjeuner nourrissant, habituellement composé de granola, de yogourt et d'une tranche de pain multigrains tartiné de beurre d'arachide.

Ensuite, cette Winnipégoise de 57 ans ajoute à son menu une sélection de suppléments vitaminiques qui comprend : de la vitamine C (1 000 mg) - pour éviter d'attraper le rhume ou la grippe; de la vitamine D (2 000 UI) - pour améliorer sa santé générale et un complexe vitaminique B50 - pour réduire son stress et accroître son niveau d'énergie.

Pour faire bonne mesure, elle ajoute un comprimé de multivitamines et de minéraux comprenant des vitamines A et E, ainsi que de l'acide folique et des minéraux, comme du calcium, du magnésium et du fer.

Même si Mme Giesbrecht affirme savoir qu'une alimentation équilibrée est essentielle au maintien de sa santé, elle croit aussi que les suppléments peuvent lui venir en aide. « Les vitamines m'apportent ce qui pourraient me manquer dans les aliments que je consomme. Elles contribuent à renforcer mon système immunitaire et me fournissent plus d'énergie. Je crois qu'elles m'aident à prévenir certains problèmes de santé. »

Mme Giesbrecht n'est pas la seule à être convaincue que les suppléments de vitamines et de minéraux peuvent améliorer la santé. Un représentant de l'industrie a déclaré l'an dernier qu'environ 45 % des Canadiens adultes prenaient des suppléments de vitamines. On estime que les Canadiens dépensent des centaines de millions de dollars chaque année pour acheter ces produits en vue de combler leurs besoins nutritionnels.

On peut comprendre l'intérêt suscité par les suppléments de vitamines et de minéraux. Après tout, les vitamines et les minéraux sont essentiels à la santé et au bien-être. Ces minuscules substances chimiques permettent à l'organisme d'accomplir de nombreuses fonctions importantes, comme le développement d'os solides, le renforcement du système immunitaire, le bon fonctionnement des terminaisons nerveuses et la communication du cerveau avec le reste du corps. Bref, on ne peut fonctionner sans avoir des niveaux adéquats de vitamines et de minéraux.

De plus, les chercheurs continuent de produire de nouvelles études qui indiquent que la consommation de grandes quantités d'une vitamine ou d'une autre peut jouer un rôle important dans la réduction des risques de développer diverses maladies chroniques, allant du cancer aux maladies cardiovasculaires. Compte tenu de leur importance fondamentale et de la possibilité qu'elles puissent tenir éloignée la maladie, il n'est pas surprenant que les ventes de suppléments alimentaires soient à la hausse.

Cependant, bien que ces comprimés soient populaires, une question demeure : le Canadien moyen a-t-il besoin de suppléments s'il a une alimentation équilibrée? Y a-t-il des preuves réelles démontrant que les suppléments peuvent contribuer à éviter les maladies chroniques comme le cancer, le diabète ou les maladies du coeur? La consommation d'une trop grande quantité de suppléments pose-t-elle un risque pour la santé?

Comme on peut s'y attendre, il n'y a pas de réponses simples à ces questions. Les consommateurs doivent toutefois garder certains faits à l'esprit lorsqu'ils prennent la décision d'ajouter des suppléments à leur alimentation quotidienne.

Peter Jones dirige le Richardson Centre for Functional Foods and Nutraceuticals de l'Université du Manitoba qui effectue des recherches sur les aliments cultivés dans les Prairies canadiennes. Il dit qu'il est important que les consommateurs comprennent que même si nous en savons beaucoup sur les vitamines et les minéraux et sur leurs effets sur l'organisme, nous ne savons pas tout.

Par exemple, nous savons que notre organisme a besoin d'une certaine quantité de vitamines et de minéraux pour rester en bonne santé et c'est pourquoi Santé Canada a établi un apport nutritionnel recommandé (ANR) pour tous les nutriments. Nous savons aussi que la consommation d'une trop grande quantité d'une vitamine ou d'un minéral peut nuire gravement à notre santé. Voilà pourquoi Santé Canada a aussi établi un apport maximal tolérable (AMT).

Toutefois, nous ne savons pas avec précision si la consommation de certaines vitamines au-delà de l'ANR mais sous l'AMT pourrait être bénéfique à la santé ou même prévenir certaines maladies.

« Dix milligrammes par jour (de vitamine C) pourraient suffire à prévenir le scorbut », explique M. Jones qui est aussi professeur à la faculté d'agriculture et de la science de l'alimentation de l'UM et titulaire de la chaire de recherche du Canada sur la nutrition et les aliments fonctionnels. « Linus Pauling (prix Nobel) vous dira que 5 ou 10 milligrammes par jour sont loin de suffire et que si vous voulez éviter le cancer ou le rhume vous devez avaler jusqu'à 10 grammes par jour, soit mille fois plus », dit-il.

Selon Peter Jones, c'est là le coeur de la question. « Est-il vrai que plus on en prend, mieux c'est? L'augmentation de la quantité pourrait-elle ne rien offrir de plus ou même être dangereuse? »

De plus, le fait que les vitamines ne sont pas toutes égales complique encore plus les choses pour les consommateurs. Le dépassement de l'apport recommandé en vitamine C, par exemple, pourrait n'entraîner aucun effet secondaire. Cependant, la prise de quantités de vitamines A et D qui dépasseraient l'apport recommandé pourrait être dangereuse pour la santé.

« On ne veut pas que les gens en viennent à conclure que puisqu'une certaine quantité de vitamine D est bonne pour eux, une dose 10 ou 20 fois supérieure pourrait être encore meilleure. En ce qui concerne les vitamines A et D, une telle attitude est particulièrement néfaste. »

Donc, que devrait faire le consommateur moyen désireux de rester en santé?

Comme la plupart des spécialistes en nutrition, M. Jones dit que la grande majorité des Canadiens peut et devrait obtenir ses éléments nutritifs d'une alimentation équilibrée.

« Voilà où j'aimerais en venir, mentionne Peter Jones. Je dirais qu'en aucun cas on ne peut manquer d'obtenir l'apport quotidien recommandé de vitamines et de minéraux si on suit les recommandations du Guide alimentaire canadien. Notre alimentation nous fournit aussi beaucoup d'autres éléments considérés bons pour la santé. »

Cela ne veut pas dire que les suppléments vitaminiques ne peuvent pas être bénéfiques pour certaines personnes. Les consommateurs doivent simplement faire attention de ne pas voir les suppléments comme un moyen rapide d'améliorer leur santé ni comme une assurance contre les maladies chroniques.

Lana Kusmack, une diététiste auprès de la Région sanitaire de Winnipeg, est du même avis. Elle dit que les portions et les quantités de nourriture recommandées dans le Guide alimentaire sont calculées pour fournir l'apport nutritionnel recommandé de vitamines et de minéraux. « Les responsables du Guide alimentaire ont fait toutes les recherches et ont calculé tous les ANR pour que la population n'ait pas à compter les microgrammes ou les unités internationales. »

Pour l'essentiel, le guide rappel aux gens de manger une grande quantité de légumes et de fruits colorés, de choisir des grains entiers, de manger du poisson, d'opter pour les produits laitiers faibles en gras, de manger de la viande et des substituts et de modérer sa consommation de sel, de sucre et de gras. Il explique aussi la taille des portions idéales.

En fait, la bonne santé se résume à manger plus de fruits et de légumes et des grains entiers, ce que la plupart d'entre nous ne faisons pas, explique M. Jones. Nous mangeons des aliments transformés et prêts à manger qui sont dépourvus de vitamines et de minéraux. »

Le raisonnement de Peter Jones est mis en évidence par des études qui indiquent qu'un grand nombre de Canadiens ne s'alimentent pas selon les recommandations du Guide alimentaire canadien. Récemment, l'Évaluation de la santé communautaire, produite pour la Région sanitaire de Winnipeg, indiquait que les Winnipégois ne mangent pas assez de fruits et de légumes.

Plusieurs raisons expliquent cette situation, selon Mme Kusmack. Un emploi du temps chargé entraîne souvent le recours aux repas rapides qui se composent d'aliments à forte teneur en sel et en gras. La disponibilité et le prix des fruits et des légumes frais peuvent aussi représenter un problème pour bien des gens. La couverture médiatique faite à propos des études portant sur les bénéfices d'une vitamine peut amener les gens à penser qu'un supplément de cette vitamine en particulier pourrait leur être bénéfique. Il y a aussi la question du goût; certaines personnes n'aiment tout simplement pas les légumes.

Les personnes qui pensent que les suppléments peuvent contrebalancer l'absence d'aliments sains devraient revoir leurs croyances, mentionne M. Jones. « Je ne pense pas que l'on puisse réellement compenser en avalant une poignée de pilules supposées apporter les nutriments absents de l'alimentation. Il y a encore beaucoup de choses que nous n'avons pas encore découvertes à propos des fruits et des légumes qui nous gardent en santé et il vaut beaucoup mieux commencer par avoir une saine alimentation. »

Peter Jones mentionne que les autres cultures ont compris cette équation il y a longtemps. « En Asie, on sert beaucoup plus de fruits et de légumes, dit-il. On mange des fruits et des légumes au petit déjeuner. Le petit déjeuner est comme leur souper, il regorge de légumes et de fruits cuits. »

Bien sûr, il arrive qu'une personne soit incapable d'obtenir l'apport nutritionnel recommandé de vitamines et de minéraux à partir de son alimentation. Dans un tel cas, on peut envisager la prise de suppléments alimentaires.

« Un supplément d'une vitamine ou d'un minéral ou un comprimé combiné peut aider les gens à améliorer leur apport nutritionnel, explique Mme Kusmack.

Le cas de Val Giesbrecht est un exemple concret. Même si elle a une alimentation équilibrée, elle est aussi âgée de plus de 50 ans. Elle doit donc faire attention à ses taux de vitamine D et de calcium. D'autres personnes peuvent aussi avoir besoin d'un supplément. Les végétariens, par exemple, pourraient ne pas réussir à obtenir toute la vitamine B dont ils ont besoin dans leur alimentation, car ils ne consomment pas de viande ni de produit d'origine animale. M. Jones recommande aux végétariens de consulter leur médecin pour déterminer s'ils ont besoin d'une injection de vitamine B une ou deux fois par année pour s'assurer d'obtenir toutes les vitamines dont ils ont besoin.

Les femmes enceintes ou qui prévoient avoir un bébé ont aussi avantage à prendre chaque jour une multivitamine contenant de l'acide folique et du fer. L'acide folique favorise le bon développement du cerveau et de la colonne vertébrale du bébé et aide à prévenir les anomalies congénitales connexes.

On trouve de l'acide folique dans les aliments comme les lentilles, les haricots secs blancs, noirs et rouges, les épinards, le chou vert, le brocoli, les asperges et la laitue romaine. Un grand nombre de pains, de pâtes et de jus d'orange sont maintenant enrichis d'acide folique. Cependant, l'alimentation de beaucoup de femmes ne contient pas une quantité suffisante de ce nutriment. Les futures mamans ayant des antécédents familiaux d'anomalies du tube neural et de grossesses à risque, ainsi que d'autres problèmes de santé comme le diabète, l'obésité et l'épilepsie devraient consulter leur médecin pour savoir quelle quantité d'acide folique leur convient, ajoute Mme Kusmack.

On recommande une multivitamine quotidienne contenant de 16 à 20 mg de fer pour les femmes enceintes. Un médecin peut prescrire un comprimé de fer si une anémie ferriprive a été diagnostiquée chez une femme, car ce problème pourrait mener à un accouchement prématuré, à une insuffisance de poids à la naissance et à une augmentation du risque de mortalité périnatale, ajoute-elle.

Une des discussions les plus intéressantes en matière de suppléments alimentaires concerne les taux de vitamine D.

La vitamine D aide l'organisme à développer et à maintenir des os et des dents solides, mais une trop forte consommation peut affecter les reins et d'autres tissus mous, comme le coeur, les poumons et les vaisseaux sanguins. Bien que la vitamine D ne soit pas présente dans un grand nombre d'aliments, l'exposition au soleil permet à la plupart des gens d'obtenir la quantité de vitamine nécessaire. Cependant, en hiver les gens ne sont pas beaucoup exposés au soleil et, par conséquent, les taux de vitamine D peuvent chuter.

Auparavant, on croyait que la plupart des gens pouvaient obtenir la quantité recommandée de 400 UI de vitamine D par l'alimentation et que les personnes âgées pouvaient combler l'écart en prenant un supplément. L'automne dernier, Santé Canada a augmenté l'apport quotidien recommandé à 400 UI par jour pour les enfants jusqu'à l'âge de 12 mois, à 600 UI par jour pour les adolescents et les adultes et à 800 UI par jour pour les personnes de plus de 70 ans. Ces changements ont soulevé des questions quant à la capacité de la plupart des gens d'atteindre les apports recommandés sans prendre de suppléments.

Mme Kusmack affirme toutefois que les changements ne signifient pas que tout le monde doit automatiquement augmenter son apport en vitamine D. « Selon les analyses préliminaires de Santé Canada concernant les taux sanguins de vitamines D, la plupart des gens comblent actuellement leurs besoins », ajoute-t-elle.

Mais quand est-il des gens de tous les âges qui ont une assez bonne alimentation et souhaitent quand même prendre un supplément dans l'espoir d'améliorer leur santé? Courent-ils un danger de trop prendre de vitamines?

Peter Jones affirme qu'il est préférable d'essayer de se rester entre l'apport nutritionnel recommandé et l'apport maximal tolérable. Dans la plupart des cas, les gens qui ont une alimentation équilibrée atteindront l'apport recommandé. Les personnes qui prennent un supplément en respectant les directives de l'emballage ne devraient pas dépasser l'apport maximal tolérable.

Bien sûr, pour savoir si vous obtenez toutes les vitamines et tous les minéraux dont vous avez besoin, vous pouvez consulter votre médecin.

Liz Katynski est une rédactrice de Winnipeg.

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Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.

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