Le coeur du probleme

Sauver du temps pour sauver du muscle

Le taux de survie à une crise cardiaque est en hausse, mais les spécialistes des maladies du coeur affirment que ce taux pourrait être encore plus élevé si un plus grand nombre de personnes comprenaient l'importance de reconnaître rapidement les signes avant-coureurs afin d'appeler immédiatement une ambulance.

PAR JOEL SCHLESINGER
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, été 2010

En avril dernier, Mike Wolfson a été réveillé par une sensation d'oppression au centre de la poitrine.

Assis dans son lit et se massant la cage thoracique, l'homme de 85 ans a rapidement conclu à une indigestion. Un antiacide devrait rapidement le soulager.

Il a ensuite jeté un coup d'oeil à son réveille-matin pour constater qu'il était 3 heures du matin. Il s'est alors dit que c'était une bien drôle d'heure pour avoir des brûlures d'estomac.

« Je me suis ensuite mis à transpirer, ajoute M. Wolfson en racontant les événements. Je savais alors de quoi il s'agissait. »

À cet instant, M. Wolfson a compris qu'il avait une crise cardiaque. Dès cet instant, il n'avait plus qu'une idée en tête, composer le 911 pour faire venir une ambulance.

Par ce simple coup de fil, ce vendeur de meubles à la retraite a déclenché une série d'événements qui allaient éventuellement lui sauver la vie.

L'histoire de M. Wolfson n'est pas inhabituelle. La crise cardiaque est l'une des manifestations les plus courantes, et certainement les plus dramatiques, des maladies du coeur. On estime que chaque année, quelque 1 500 habitants de la Région sanitaire de Winnipeg ont une crise cardiaque, soit environ 30 cas par semaine. Comme dans le cas de M. Wolfson, un nombre de plus en plus important de ces personnes survivent à la crise cardiaque, principalement en raison des changements apportés dans la façon de diagnostiquer et de traiter les crises cardiaques au sein du Programme des sciences cardiaques de la Région sanitaire de Winnipeg.

L'infarctus aigu du myocarde avec élévation du segment ST (souvent appelé IAMEST) est le type de crise cardiaque grave le plus courant. Lors d'un IAMEST, l'artère coronaire est complètement bloquée par un caillot sanguin. Par conséquent, pratiquement tout le muscle cardiaque qui est alimenté par cette artère commence à mourir. Il y a cinq ans, à peu près 15 % des personnes qui avaient un IAMEST dans la région de Winnipeg en mourraient. Aujourd'hui, le taux de mortalité n'est que de 4 %.

Cette amélioration est attribuable en grande partie à la décision prise par la Région en 2004 de consolider les soins cardiaques en un seul programme à l'Hôpital général Saint-Boniface. Ainsi, la Région a mis en place un programme plus important et plus efficace qui a abouti au rehaussement des soins et à l'amélioration des résultats obtenus par les patients.

L'histoire de M. Wolfson illustre bien cette situation. Ses chances de survie en ce matin d'avril ont été accrues par deux éléments : sa capacité à reconnaître les signes avantcoureurs d'une crise cardiaque et sa décision d'appeler immédiatement une ambulance, mettant ainsi en marche le protocole de l'IAMEST, un système relativement nouveau d'intervention rapide conçu pour permettre aux ambulanciers paramédicaux de poser un diagnostic et d'entreprendre le traitement sur-le-champ.

« Dans le présent cas, nous avons eu beaucoup de chance, car Mike Wolfson a reconnu les symptômes relativement tôt, explique le Dr James Tam, chef de la cardiologie auprès du Programme des sciences cardiaques de la Région. S'il s'était rendu dans un autre hôpital à ce moment, il ne serait peut-être plus en vie aujourd'hui. Si ce n'avait été de ce programme (le protocole de l'IAMEST), il n'aurait pas eu accès au traitement qui lui a sauvé la vie au moment où il en avait besoin. »

Bien entendu, il peut être difficile de reconnaître les signes avant-coureurs d'une crise cardiaque. Les gens ne ressentent pas tous les mêmes symptômes et beaucoup ne se rendent pas compte qu'ils ont une crise cardiaque avant qu'il ne soit trop tard.

Le problème commence par l'accumulation de plaque formée de cholestérol dans les artères coronaires. Une crise cardiaque survient lorsqu'une artère est obstruée par un caillot. Cette obstruction se produit quand il y a une rupture au niveau de la paroi interne de l'artère en raison de l'accumulation de plaque composée de gras à l'intérieur des vaisseaux sanguins. La plaque est libérée dans la circulation sanguine et amène l'organisme à réagir à la rupture comme s'il s'agissait d'une coupure à un doigt. De minuscules plaquettes sanguines commencent à réparer ce que l'organisme interprète à tort comme une blessure. Ainsi, l'artère devient obstruée par les plaquettes qui entravent la circulation du sang riche en oxygène vers le muscle cardiaque. Lorsque le débit sanguin est interrompu, les cellules du muscle commencent à mourir. Une fois que le muscle est mort, la fonction musculaire est perdue, car le coeur est incapable de développer de nouvelles cellules contrairement à d'autres parties du corps, comme la peau.

Dans bien des cas, on peut reconnaître une crise cardiaque par la sensation d'oppression, la douleur intense ou la gêne ressentie dans la poitrine lorsque l'obstruction survient. Cependant, les signes avant-coureurs peuvent aussi être plus subtils et comprendre des symptômes comme une douleur vague, un serrement ou une oppression dans la poitrine, une douleur irradiant dans la mâchoire ou le long du bras gauche, une douleur au dos, un essoufflement, une indigestion, une transpiration inexpliquée ou des étourdissements.

Plus l'obstruction persiste, plus les dommages causés au muscle cardiaque seront importants. Comme le coeur ne développe pas de nouvelles cellules, les dommages sont permanents. Si un grand nombre de cellules meurent durant la crise cardiaque, la capacité de pompage du sang du coeur peut être réduite de façon spectaculaire entraînant une insuffisance cardiaque, ou pire, un choc cardiogène. C'est ce qui s'est produit pour M. Wolfson. Dans certains cas, lorsque l'obstruction est importante ou lorsqu'une personne n'obtient pas rapidement des soins médicaux, le système électrique du coeur responsable des battements peut subir un court-circuit entraînant alors un arrêt cardiaque ou une mort cardiaque subite. Autrement dit, la personne qui a une crise cardiaque meurt à moins que son rythme cardiaque ne soit rétabli.

Voilà pourquoi les médecins soulignent l'importance de demander immédiatement une aide médicale. Le temps, c'est du muscle. Plus vous obtenez rapidement des soins, meilleures seront vos chances de vous en sortir. Les soins prodigués en temps opportun représentent une question de vie ou de mort.

Mike Wolfson a compris ce qui lui arrivait en ce matin d'avril parce qu'il avait reçu un diagnostic de problème cardiaque 15 ans auparavant. Une fois qu'il a reconnu les signes, il savait qu'il devait appeler une ambulance. Beaucoup de gens qui ressentent des douleurs à la poitrine essaient de se rendre d'eux-mêmes à l'hôpital le plus près ou demandent à un proche de les y amener. C'est une grave erreur.

Auparavant, la principale responsabilité d'un ambulancier était de transporter un patient jusqu'à l'hôpital. Aujourd'hui, les ambulances sont des unités médicales mobiles ayant à leur bord des ambulanciers paramédicaux formés pour poser un diagnostic préliminaire et entreprendre les traitements dès leur arrivée sur les lieux dans le cas d'une crise cardiaque. Dans le cas de M. Wolfson, les ambulanciers paramédicaux ont immédiatement fait à leur arrivée sur les lieux un électrocardiogramme (ECG) pour vérifier le tracé électrique de la crise cardiaque. L'ECG a été transmis par l'entremise d'un appareil BlackBerry à un cardiologue de l'Hôpital Saint-Boniface qui était en communication avec les ambulanciers paramédicaux pour les guider dans les soins à apporter au patient installé dans l'ambulance.

Le Dr Roger Philipp, directeur du Laboratoire de cathétérisme du Programme des sciences cardiaques explique que la transmission à distance d'un ECG à un cardiologue représente une percée majeure dans le traitement des patients qui font une crise cardiaque, car le cardiologue peut confirmer qu'il s'agit d'une crise cardiaque. Ensuite, durant le transport du patient vers l'hôpital, une équipe spécialisée dans les crises cardiaques est mobilisée pour fournir au patient les meilleurs soins.

« L'intervention est plus rapide, car le patient est ensuite amené au Laboratoire de cathétérisme de Saint-Boniface (une salle spécialement équipée pour les interventions complexes, comme l'angioplastie) ou il recevra immédiatement des traitements plutôt que d'aller à un autre hôpital sans laboratoire de cathétérisme pour avoir un ECG avant d'être transféré au Laboratoire de Saint-Boniface, explique le Dr Philipp. Le temps, c'est du muscle. On peut mettre fin à la crise cardiaque en moins de 90 minutes, souvent en une heure à partir de l'arrivée des ambulanciers auprès du patient. Nous sauvons des heures ainsi et les lésions au coeur sont d'autant moins importantes. Le patient a donc de meilleures chances de survie. »

« Le délai à viser à partir de la première intervention médicale jusqu'au déblocage de l'artère est de moins de 90 minutes, explique le Dr Tam. Grâce au protocole de l'IAMEST, nous respectons ce délai la plupart du temps. Auparavant, lorsque les patients étaient amenés à l'hôpital avant le début de toute intervention, ce délai était respecté dans seulement 25 % des cas. »

Le Dr Philipp précise qu'il ne faut pas s'en faire avec les fausses alertes. « Il faut laisser l'équipe paramédicale et le cardiologue juger de la situation, sinon, vous pourriez mettre votre vie en jeu. »

Lorsque M. Wolfson est arrivé à l'Hôpital Saint-Boniface, il a été immédiatement amené au Laboratoire de cathétérisme du Centre de soins cardiaques Bergen pour une angiographie. Même si un diagnostic avait déjà été posé, l'angiographie - un examen radiologique des artères du coeur - était nécessaire pour indiquer aux médecins l'emplacement exact et le nombre de caillots ayant déclenché la crise cardiaque.

Pour cet examen, un colorant est injecté dans les artères coronaires à l'aide d'un cathéter. Le cathéter est dirigé par un fil à bout souple qui est habituellement inséré par l'artère fémorale de la jambe droite du patient pour être remonté délicatement jusqu'au coeur du patient. « C'est comme une ligne de chemin de fer que nous pouvons emprunter pour aller placer le cathéter. Nous faisons monter le mince fil par l'artère et le cathéter empruntera le même chemin », explique Carol-Anne Schulz, une infirmière du laboratoire.

Le colorant nous indique à quel endroit le sang circule et, plus important encore, à quel endroit la circulation est entravée. Lorsqu'il y a une obstruction, le colorant ne circule plus ou devient flou. Une fois l'angiographie terminée, le cardiologue peut discuter des possibilités de traitement avec un chirurgien cardiaque. Si les obstructions sont importantes, on prend les dispositions nécessaires pour procéder à un pontage, parfois dans les heures qui suivent l'angiographie. Parfois, les blocages peuvent être éliminés par une intervention appelée angioplastie.

« Dans le cas d'un blocage complet durant une crise cardiaque, on procède habituellement à une angioplastie sur le champ pour régler le problème », mentionne Mme Schulz.

Dans un tel cas, un ballonnet dégonflé est inséré jusqu'au site de l'obstruction en utilisant le cathéter mis en place dans l'artère le long du fil. Le ballonnet est ensuite gonflé pour ouvrir l'artère et rétablir la circulation sanguine. Une endoprothèse se trouve autour du ballonnet. Il s'agit d'un fin treillis métallique extensible qui sert à garder l'artère ouverte après le retrait du ballonnet.

Mike Wolfson avait déjà subi ce type d'intervention 15 ans auparavant alors que deux endoprothèses lui avaient été implantées. Il lui fallait maintenant encore une fois recourir à ce traitement.

En repensant à tout ça, M. Wolfson dit qu'il aurait pu reconnaître plus tôt les signes avant-coureurs d'une crise cardiaque. Il avait eu de la difficulté à marcher sur de longues distances au cours des semaines précédentes. Il était essoufflé et ses symptômes allaient de mal en pis.

Le Dr Tam explique que M. Wolfson avait tous les signes de l'angine de poitrine progressive. L'inconfort se manifeste de plus en plus souvent et intensivement ou apparaît à la suite d'efforts de moins en moins intenses.

L'angine consiste en une réduction épisodique du débit sanguin qui se manifeste souvent à l'effort physique et qui peut, dans certains cas, être un signe avant-coureur d'une crise cardiaque.

Aujourd'hui, M. Wolfson, qui se remet de sa crise cardiaque, est toujours aussi dynamique et enjoué qu'avant. Lors de la séance de photographie pour le présent article, il n'arrêtait pas de raconter des blagues et des histoires. « J'aurais aimé vous avoir vendu tout ce matériel », a lancé en riant cet ancien vendeur en attendant que le photographe le prenne en photo. Il est reconnaissant pour les soins que l'équipe de soins coronariens lui a fournis, mais il a tout particulièrement apprécié l'attention portée par une infirmière pour s'assurer qu'il n'allait pas avoir de pneumonie. Elle le faisait régulièrement sortir de son lit pour qu'il puisse s'étirer et pour prévenir l'accumulation de liquide dans ses poumons. Le Dr Tam dit que les patients ayant fait une grave crise cardiaque sont souvent à risque d'avoir des complications, notamment des infections, lorsqu'ils sont aux soins intensifs et ils risquent de développer une pneumonie lorsqu'ils doivent avoir recours à la ventilation artificielle.

« Le professionnalisme, les connaissances et l'empathie du personnel étaient extraordinaires », déclare Mike Wolfson.

Joel Schlesinger est un rédacteur de Winnipeg.

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Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.

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