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Précision chirurgicale
Les patients qui ont des problèmes cardiaques reçoivent des traitements de pointe avant, durant et après la chirurgie et obtiennent du même coup une seconde chance de mener une vie saine
PAR JOEL SCHLESINGER
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, été 2010
Angie Sumka lève le pouce pour
indiquer à sa famille que tout va
bien alors qu'elle est transportée sur
une civière vers la salle d'opération.
« Ne vous inquiétez pas, je vais m'en sortir », avait-elle dit à ses amis,
à sa mère Isabel, à son fils Mitchell et à sa fille Shannon en voyant leurs
regards inquiets.
En ce vendredi après-midi de l'automne 2008, Angie Sumka est
sur le point de subir un double pontage coronarien d'urgence
à l'Hôpital général Saint-Boniface dans le cadre du Programme
des sciences cardiaques de la Région sanitaire
de Winnipeg.
Quelques heures plus tôt, la femme d'affaires de
47 ans s'était présentée au Centre de soins cardiaques
Bergen pour une angiographie. Elle avait commencé à ressentir
des malaises cardiaques et les médecins voulaient qu'elle passe une
angiographie, une sorte de radiographie du coeur, pour faire un examen
plus approfondi.
Ils ont bien fait de demander cet examen.
L'angiographie a révélé que l'artère coronaire gauche de Mme Sumka, le
principal vaisseau sanguin qui alimente le muscle du ventricule gauche, était
obstruée à 98 %. Le muscle du ventricule gauche est le plus gros muscle du
coeur. Ce muscle a la responsabilité d'amener le ventricule gauche, soit la plus
grande des quatre cavités du coeur, à pomper l'oxygène riche en oxygène dans
tout l'organisme.
Une telle obstruction est souvent qualifiée de « faiseur de veuve », car
la plupart des personnes qui font une crise cardiaque en raison de ce problème
meurent instantanément. Autrement dit, Angie Sumka est chanceuse
d'être en vie.
Il existe essentiellement deux façons de débloquer des artères. Un moyen
consiste à procéder à une intervention appelée angioplastie. Un ballonnet
est alors inséré à l'aide d'un cathéter en empruntant l'artère fémorale
pour se rendre à l'artère obstruée. Le ballonnet est ensuite gonflé avec une
solution spéciale pour ouvrir l'artère et rétablir la circulation sanguine. Autour du ballonnet, se trouve une endoprothèse,
soit un treillis en acier inoxydable
qui s'agrandit avec le ballonnet et qui garde
l'artère ouverte une fois le ballonnet dégonflé
et retiré.
L'autre façon consiste à procéder à une
chirurgie à coeur ouvert.
En raison de l'ampleur de l'obstruction et de
son emplacement, l'angioplastie a été jugée
trop risquée pour Mme Sumka. Les médecins
ont plutôt choisi de procéder à des pontages.
Le midi de la même journée, la patiente a donc
été transportée dans une salle d'opération pour
y subir un double pontage.
Malgré la tournure subite des événements,
la femme de Winnipeg est restée optimiste.
« Ça ne servait à rien d'avoir peur, dit-elle.
Je me suis dit que ce qui devait être fait,
devait être fait. Ce n'était pas comme si je
pouvais me permettre de changer d'idée et
sortir de la salle. »
Ça ne veut pas dire que Mme Sumka n'était
pas nerveuse à l'idée qu'un chirurgien pratique
une incision de six pouces dans sa poitrine
et écarte son sternum pour avoir accès à son
coeur. Elle savait cependant qu'elle était entre
de bonnes mains avec le personnel du Programme
des sciences cardiaques de la Région
sanitaire de Winnipeg.
Après tout, toutes les chirurgies cardiaques
majeures sont faites dans le cadre de ce programme
au Manitoba et on y fournit toute la
gamme des soins préopératoires et postopératoires.
De plus, l'adoption de nouvelles méthodes
en salle d'opération s'est traduite par
l'amélioration des résultats chez les patients.
Le Dr Alan Menkis est le directeur médical
de ce programme. Il dit que l'amélioration des
résultats pour les patients opérés peut être attribuée
aux percées au chapitre des techniques
chirurgicales et de la technologie médicale.
Les soins apportés aux patients ont eux aussi
considérablement changés. Le Programme de
sciences cardiaques utilise un modèle de soins
qui met l'accent sur la nécessité de donner aux
patients le traitement dont ils ont besoin le plus
rapidement possible, qu'il s'agisse de médicaments
pour éliminer les caillots ou de chirurgie à coeur ouvert. Les patients qui le peuvent sont
aussi traités selon un modèle de soins postopératoires
« accélérés » pour leur permettre de
reprendre leurs activités normales.
« Ce processus a été amorcé il y a plus de dix
d'ans, explique le Dr Menkis. Les soins fournis
aux patients cardiaques ont évolué. »
Le modèle « accéléré » remet en question
des croyances bien établies dans certains
protocoles de chirurgie et de soins postopératoires
qui n'étaient pas nécessairement les
mieux pour les patients.
Par exemple, les patients ont déjà eu à
passer plusieurs journées branchés à un
respirateur à l'unité des soins intensifs après
l'intervention chirurgicale. On les gardait
délibérément endormis et branchés à un
respirateur alors que ce n'était pas nécessaire.
Maintenant, les médecins ont constaté que la
plupart des patients pouvaient être réveillés
peu de temps après la chirurgie pour entreprendre
la réadaptation immédiatement.
Au cours des dix dernières années, Winnipeg
est devenu un chef de file mondial pour
ce qui est de ce modèle accéléré parce que
les professionnels de la santé du centre cherchent
constamment des façons d'améliorer les
résultats obtenus par les patients et ce, le plus
rapidement et le plus efficacement possible. »
« Nous avons des patients qui, par exemple,
seront opérés en avant-midi et seront transportés
à leur chambre en soirée plutôt que de
passer la nuit aux soins intensifs, mentionne le
Dr Menkis. Ainsi, lorsqu'ils peuvent aller dans
leur chambre en soirée, ils se trouvent dans un
milieu beaucoup plus normal et ils peuvent
entreprendre leur réadaptation beaucoup plus
rapidement. Ils peuvent éventuellement se
mettre debout à côté de leur lit le jour même
de la chirurgie. »
Le modèle « accéléré » de soins cardiaques
repose aussi sur une approche globale de 24
heures, sept jours par semaine. Ainsi, quelque
1 300 interventions chirurgicales sont effectuées
chaque année dans le cadre du
Programme des sciences cardiaques. De plus,
malgré le fait que les patients sont souvent
très malades, le taux de mortalité est faible et
diminue d'année en année.
« Il y a 20 ans, les chirurgies cardiaques
n'avaient rien de routinier, ajoute le Dr Menkis
qui enseigne aussi la chirurgie et dirige la
chirurgie cardiaque à l'Université du Manitoba.
De nos jours, les pontages coronariens font
partie des opérations les plus courantes dans le
monde occidental. »
Angie Sumka a pu profiter de la nouvelle
méthode et des autres percées en matière de
techniques et d'expertises chirurgicales.
Comme le nom l'indique, le pontage
consiste à faire dévier le sang oxygéné pour
éviter une obstruction dans une artère coronaire
et lui permettre de se rendre au muscle
cardiaque.
La première étape de l'intervention consiste
à prélever une veine dans une jambe du
patient ou une artère dans son avant-bras qui
servira de conduit de remplacement. Dans le
cas de Mme Sumka, une extrémité d'une artère
a été fixée à l'artère coronaire gauche, juste
en-dessous de l'obstruction, alors que l'autre
extrémité a été fixée à l'artère subclavière.
Cette intervention qui consiste à attacher
une nouvelle veine à une artère est
appelée pontage aorto-coronaire. Pendant
l'intervention, la fonction cardiaque qui
consiste à pomper le sang jusqu'aux poumons
pour y être oxygéné et à le retourner au coeur
et ensuite au reste du corps est assurée par
un oxygénateur appelé aussi coeur-poumon
artificiel.
Une fois le pontage aorto-coronaire terminé,
l'obstruction est contournée et la circulation
sanguine vers le coeur est rétablie. Grâce
à un apport renouvelé en sang oxygéné, le
muscle cardiaque peut continuer à fonctionner
normalement.
Le pontage permet un taux de survie très
élevé. Cependant, il y a 40 ans, la chirurgie
cardiaque était tellement risquée qu'on
l'offrait en tout dernier recours.
« On pratiquait cette intervention chez les
patients qui couraient un risque imminent de mourir, car on pouvait alors espérer améliorer
leur état et non l'empirer. Nous devions constamment
évaluer l'équilibre entre les risques et
les avantages, ajoute le Dr Menkis.
Toutefois, comme les techniques et la technologie
se sont améliorées, les patients ont
aussi connu des dénouements plus heureux.
De nos jours, on ne se demande plus si
un patient est assez malade pour risquer un
pontage; il faut se demander si le patient
bénéficiera d'un soulagement de son angine
et d'une espérance de vie prolongée.
De plus en plus, même les patients ayant
des problèmes de santé majeurs peuvent avoir
un pontage en toute sécurité.
« Actuellement, les taux de mortalité sont
approximativement 50 % plus faibles que
ceux d'il y a 15 ou 20 ans, explique le Dr Darren
Freed, chef du Programme chirurgical pour
l'insuffisance cardiaque. On obtient de tels
résultats malgré le fait que nous opérons des
patients plus mal en point, mais avec un degré
d'acuité plus élevé. »
Le risque de mortalité pour un pontage isolé
est de 1,18 % pour les patients de tous les âges,
qu'il s'agisse d'une intervention d'urgence ou
non, indique le Dr Menkis. « Ces résultats sont
relativement bons, mais nous nous disons que
si nous arrivons à 1,18, alors pourquoi pas à 0,5
et nous nous demandons comment y arriver. »
Après l'intervention, Angie Sumka a
entrepris un programme de réadaptation qui
ressemble plus à un mode de vie favorisant la
santé du coeur qu'à un changement draconien
sur six mois ou un an.
Dans le cadre du modèle « accéléré », les
patients quittent souvent rapidement les soins
intensifs pour aller récupérer dans le service
de soins cardiaques. Cette pratique réduit
les risques de faire une infection, comme la
pneumonie, et accroît la rapidité du rétablissement.
Les patients travaillent souvent avec leur
chirurgien, leur médecin de famille leur
cardiologue, le personnel infirmier, des pharmaciens
et des physiothérapeutes en vue de
leur rétablissement. Ils rencontrent même des
psychologues et des travailleurs sociaux, au
besoin. Les patients doivent recevoir des soins
équilibrés durant la période de rétablissement
sinon tous les efforts initiaux et le traitement
pourraient se solder par un échec.
Pour Angie Sumka, la première étape sur
son parcours vers un retour à la santé comprenait
le travail avec un cardiologue intensiviste
qui l'a aidée à gérer son état de santé
au cours des heures qui ont suivi l'opération.
Un anesthésiste a aussi soulagé sa douleur
durant les heures et les jours suivants.
Au début, sa poitrine était vraiment très
douloureuse.
« Lorsqu'on me demandait comment je me
sentais, je répondais que j'avais l'impression
d'être passée sous les roues d'un camion.
J'avais mal, dit-elle. Immédiatement après la
chirurgie, au moindre mouvement ou lorsque
je toussais, je pouvais sentir des cliquetis
dans ma poitrine. » Quelqu'un lui a apporté
un ourson en peluche qu'elle pouvait serrer
contre elle pour tousser. « Quand je riais, je
devais faire une pression sur ma poitrine pour
réduire la douleur. »
Son rétablissement a été rapide, soit un peu
moins de huit jours, le séjour moyen pour
la plupart des patients de l'Hôpital Saint-
Boniface. Le jeudi suivant, elle a pu quitter
l'hôpital pour poursuivre son rétablissement
à la maison. Trois mois plus tard, elle était de
retour au travail.
Bien que sa vie soit revenue à peu près au
même point qu'avant la chirurgie, certains
aspects ont quant à eux connu un changement
spectaculaire et pour le mieux. « Une
telle expérience change notre façon de voir la
vie », dit-elle.
Mme Sumka a suivi un programme de réadaptation
au Wellness Institute de l'Hôpital général
Seven Oaks, un des deux centres de réadaptation
cardiologique de la ville, l'autre étant le
Reh-Fit Centre de l'avenue Taylor, près de la rue
Waverley.
À l'institut, un thérapeute en réadaptation
cardiologique travaille avec les patients pour
trouver le niveau d'exercice adéquat pour
leur système cardiorespiratoire. Les exercices
ne doivent pas être trop exigeants pour
éviter d'aggraver la situation. Les thérapeutes
doivent aussi aider les patients à surmonter
la peur de provoquer une crise cardiaque en
faisant de l'exercice.
Dans le cadre de son rétablissement, Mme
Sumka a apporté des ajustements à son mode
de vie. Les choses n'ont pas toujours été faciles,
particulièrement en ce qui concerne le travail.
« Lorsqu'on a eu une crise cardiaque et
qu'on doit suivre un programme de réadaptation,
on apprend ce que le stress peut faire . . . Lorsqu'on se met en colère et que l'on est
contrarié pour des futilités, et j'avoue que ça
m'arrive encore, on ne se rend pas compte
que tout ça s'additionne. »
Angie Sumka a aussi consulté une nutritionniste
qui l'a aidée à jeter un nouveau
regard sur son alimentation. Maintenant,
elle lit l'étiquetage des produits alimentaires
qu'elle achète. Elle examine la teneur en gras
et en sel. Elle mange plus de fruits et de légumes
frais et moins d'aliments gras, comme
les hamburgers au fromage, les frites ou le
poulet frit.
« J'essaie de manger plus de légumes et
de fruits qu'avant. Je n'utilise plus de sel,
explique-t-elle. La plus grande difficulté a été
de renoncer aux crevettes. Je les adore, mais
elles contiennent tellement de cholestérol. »
Certains patients ont de la difficulté à apporter
des changements à long terme, car la
tentation de reprendre les mauvaises habitudes
est toujours présente. « Ce n'est pas évident,
dit le Dr Menkis. Notre société n'est pas axée
sur un mode de vie sain, ce qui rend les choses
difficiles. » La malbouffe est partout. Il semble y avoir une multitude de raisons pour de pas faire d'exercice après
une rude journée de travail et la motivation est difficile à trouver.
Le Dr Freed explique que les changements au mode de vie
sont souvent la partie la plus difficile du programme de réadaptation.
« Le pronostic après la chirurgie est excellent. La vaste
majorité des patients reprennent leurs activités normalement »,
dit-il.
L'alimentation, l'exercice et la diminution du stress occupent
une place importante dans le processus de réadaptation
et d'éducation. Si les patients arrivent à apporter des changements
durables, ils courent beaucoup moins de risques de
devoir retourner sur la table d'opération ou d'avoir besoin
d'un autre traitement.
« J'insiste toujours pour dire à mes patients qu'ils ne doivent jamais
oublier qu'ils ont une maladie chronique, ajoute le Dr Freed.
Généralement, les personnes qui adoptent un mode de vie sain
bénéficient de ce changement à long terme. »
Joel Schlesinger est un rédacteur de Winnipeg.

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Le Courant
Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.
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