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De retour d'Haïti pour dire merci
Le Dr Pierre Plourde, un médecin conseil en santé publique de la Région sanitaire de Winnipeg, revient à peine d'un séjour de deux semaines en Haïti, où il a fait partie d'une équipe chargée d'offrir des soins et de l'aide médicale aux résidants encore aux prises avec les conséquences du séisme de janvier dernier. Voici son témoignage.
PAR DR PIERRE PLOURDE
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, été 2010
Haïti a été pour moi une expérience à la
fois beaucoup plus agréable et beaucoup
plus déchirante que celle à laquelle je m'étais
attendue.
Imaginez Ottawa sans sa Tour de la Paix,
et avec tous les autres édifices du Parlement
réduits en décombres, la Cour suprême
disparue, le Château Laurier détruit, toutes
les cathédrales du centre-ville effondrées, et
90 % des édifices de ce même centre-ville
réduits en tas de gravats; imaginez une unité
de maintien de la paix des Nations Unies responsable
de l'infrastructure (ou du peu qu'il
en reste), et 40 à 60 % des maisons de toutes
les banlieues d'Ottawa démolies. Imaginez
tout cela et vous n'aurez fait que commencer
à comprendre à quel point le séisme qui a
frappé en ce mois de janvier a été dévastateur
pour l'âme haïtienne.
Quoi qu'il en soit, mes amis du quartier
Bon Repos de Port-au-Prince (que je préfère
appeler ma famille, car ils me traitent comme
l'un des leurs, disant de moi que je suis
mi-haïtien, mi-canadien) ont fait un travail
de reconstruction remarquable depuis le 12
janvier dernier, date à laquelle le séisme a
frappé, faisant plus de 200 000 morts.
Je fais du bénévolat en Haïti depuis ma
première visite là-bas en 1982 en qualité
d'étudiant en médecine. En 2005, j'ai participé
aux efforts de construction d'une église,
d'une clinique, d'une école et d'un centre
de santé communautaire entrepris par EMAS
Canada, un organisme de bienfaisance non
gouvernemental chrétien pluri-confessionnel.
Le projet, qui visait à remplacer les infrastructures
existantes, avait commencé à prendre
un peu de retard il y a plus d'un an en raison
du manque de fonds. Depuis le séisme,
l'école et l'église ne sont plus qu'un amas de
gravats, et le projet est devenu une nécessité.
Les efforts de secours et de construction
qui ont commencé aux lendemains du séisme
ont été remarquables. Grâce au soutien
d'EMAS Canada, et sans aucune aide autre
que les fonds que nous avons été en mesure
d'acheminer, mes amis du quartier Bon Repos
ont procédé à quatre distributions massives
de vivres ordonnées et efficaces entre la fin
de janvier et la mi-mars. De plus, ils ont
construit en avril un mur de 400 mètres de
longueur et de 2,5 mètres de hauteur destiné
à protéger le nouveau site de construction de
l'école, de la clinique, de l'église et du centre
de santé communautaire, et ils ont érigé une
école temporaire, qui figure parmi celles de la
ville qui fonctionnent le mieux. D'autre part,
ils ont creusé en mai deux puits, garantissant
ainsi l'alimentation en eau potable de l'école
et de la clinique. Finalement, ils ont dégagé
les gravats de l'ancienne église et l'ont
reconstruite en quatre semaines au début de
mai, achevant la construction à temps pour
l'arrivée de notre équipe de soins de santé le
15 mai. Cela nous a permis d'aménager notre
clinique dans un édifice bien solide plutôt
que sous des tentes et des bâches, et quant
à eux, ils possèdent maintenant un édifice
qui pourra aussi leur servir d'abri contre les
ouragans des prochaines semaines.
Le nouvel édifice a été inspecté par un ingénieur
de structures de la Californie (qui faisait
partie de notre équipe) qui affirme n'avoir
jamais vu un édifice aussi bien construit dans
le quartier Bon Repos et qui nous a assuré qu'il
pourrait résister à un séisme d'une magnitude
de 8,0 à 9,0. En fait, l'équipe d'architectes et
d'ingénieurs qui m'accompagnait en Haïti m'a
dit avoir rarement vu dans le tiers monde un
travail de construction d'une aussi grande
qualité que celui réalisé sans équipement lourd
par mes amis du quartier Bon Repos.
Mon équipe de soins de santé a traité 568
patients en quatre jours. À notre départ, non
seulement avions-nous transmis de nombreuses
compétences et laissions-nous sur place fournitures et produits pharmaceutiques en abondance, mais nous avions
instillé un espoir considérable dans la collectivité.
Ce qui ne veut pas dire que l'espoir n'était pas déjà présent.
Je crois que ce qui a le plus frappé les membres de l'équipe au cours
de ce voyage c'est qu'en dépit de la misère et de la destruction dont nous
étions témoins, la collectivité haïtienne qui nous a accueillis manifestait
non seulement de la résilience mais aussi un espoir qu'il nous est impossible
de réellement comprendre. Peut-être faut-il subir ce genre d'épreuves
extrêmes pour pouvoir vraiment saisir ce qu'est l'espoir.
J'ai passé deux semaines là-bas. Au cours de la première semaine, j'étais
responsable d'une équipe de soins de santé composée de trois médecins
(dont moi-même), d'un dentiste, de deux infirmières, de deux élèves du
secondaire (dont mon fils Daniel), d'un étudiant de troisième cycle universitaire
et d'un directeur adjoint d'école primaire.
Les médecins, le dentiste, les infirmières et les élèves du secondaire
travaillaient dans une clinique aux côtés d'un médecin et d'un dentiste
haïtiens ainsi que de plusieurs infirmières et étudiantes en soins infirmiers
haïtiennes. La clinique fonctionnait comme une clinique-école et accueillait
environ 100 à 150 patients par jour. À la pharmacie, nous remplissions
quelque 200 à 300 ordonnances par jour.
Les affections les plus couramment diagnostiquées étaient le reflux
gastro-oesophagien, les vers intestinaux, les infections des voies respiratoires
supérieures, la candidose vaginale, l'hypertension, les infections
transmisses sexuellement, les douleurs musculo-squelettiques et les maux
de tête, les infections des voies urinaires, les dermatomycoses (infections
fongiques de la peau), la gale, la malaria et la fièvre typhoïde.
Le directeur adjoint du primaire et l'étudiant du troisième cycle travaillaient
à l'école primaire El Shaddai du quartier Bon Repos à l'amélioration
du programme d'enseignement (en mettant l'accent sur l'hygiène et les
questions de santé) en compagnie d'une dizaine d'enseignants haïtiens qui
accueillaient presque 80 élèves. Les deux étudiants du secondaire étaient
aussi présents à l'école, où ils s'occupaient de mettre sur pied un programme
de soccer très animé et très bien accueilli avec le nouvel équipement
apporté de Winnipeg. Je peux affirmer sans l'ombre d'un doute que
ce programme a été l'un des principaux faits saillants de ma première
semaine en Haïti.
Au cours de la deuxième semaine, j'ai fait mes « adieux » à l'équipe
de soins de santé pour aller accueillir une autre équipe composée de
trois architectes et de cinq ingénieurs qui a passé une semaine à travailler
assidûment avec les aînés de l'école El Shaddai à l'aménagement d'une
grande parcelle de terrain devant servir à la construction du centre communautaire,
centre qui doit comporter une grande aire de rassemblement
(pour l'église et l'abri anti-ouragan), une nouvelle école primaire et un
centre de ravitaillement à l'intention des enfants, et une clinique de soins
primaires et de santé publique.
Vers la fin de cette deuxième semaine, l'équipe avait réalisé des plans
préliminaires et avait produit un modèle réduit du futur centre. Je ne peux
décrire l'étonnement et la joie qui se lisaient sur le visage des Haïtiens qui
voyaient pour la première fois le modèle de leur futur centre communautaire.
Un effort de financement s'impose maintenant pour amasser sur
une période de deux ou trois ans les quelque 500 000 $ nécessaires à
l'achèvement du projet, ce qui constitue un défi de taille pour moi, mais
aussi une très bonne affaire compte tenu des compétences que les gens
d'El Shaddai sont en mesure d'investir dans le projet (ce sont des constructeurs
aux compétences incroyables) et les résultats attendus quant
aux avantages qu'en retirera cette collectivité locale de la périphérie de
Port-au-Prince.
Pour en savoir plus
Bien que la communauté internationale ait répondu
aux besoins d'Haïti au lendemain du séisme dévastateur
qui a frappé au début de l'année, le pays
demeure en situation de crise sanitaire.
Le Dr Pierre Plourde s'efforce d'aider ses amis haïtiens à
se remettre du séisme. Il est parrainé par EMAS Canada,
un organisme de bienfaisance non gouvernemental
chrétien pluri-confessionnel établi au Canada et à
Hong Kong et qui s'associe à divers organismes dans
le cadre d'initiatives de soins de santé partout dans le
monde.
Pour en savoir davantage au sujet d'EMAS Canada
et du travail qu'accomplit cet organisme en Haïti,
n'hésitez pas à visiter son site Web à : www.emascanada.org.
Outre le fait de servir à répondre aux premières nécessités,
le Dr Plourde précise que les contributions financières
continueront de servir à donner à la collectivité
locale les moyens de se prendre en charge.

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Le Courant
Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.
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