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Soutenir le Nord
Une lettre de la Région sanitaire de Winnipeg
PAR DR. BRIAN POSTL
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, janvier / février 2010
Les lecteurs réguliers du magazine Le Courant savent que
j'utilise habituellement cette chronique pour présenter
certains des sujets abordés dans le magazine.
Compte tenu du menu offert dans ce
numéro, p. ex. un article-vedette sur l'athlète
olympique Cindy Klassen ainsi que des
reportages sur l'impact des commotions
pour les jeunes athlètes et sur les effets
néfastes sur la santé d'une trop grande
consommation de sel, j'aurai sans aucun
doute eu beaucoup à dire.
Pourtant, cette fois-ci, j'aimerais
m'écarter un peu de mes habitudes et
utiliser ma chronique pour vous parler
d'autre chose : l'accès aux soins de santé
dans le Nord et le rôle que pourrait jouer
la Région sanitaire de Winnipeg pour
améliorer cet accès.
Comme la plupart des lecteurs le
savent, les personnes qui vivent dans
les collectivités éloignées du Nord du
Manitoba et du Nunavut sont confrontées
à de nombreuses difficultés. Bon nombre
de ces collectivités ne sont accessibles
que par la voie des airs ou par des routes
praticables seulement en hiver. Les
conditions de vie y sont difficiles : les
logements sont souvent médiocres, l'eau
potable n'est souvent accessible que par
camion et les services de santé sont offerts
sporadiquement.
J'ai constaté pour la première fois à quel
point la vie pouvait être difficile dans le
Nord il y a près de 40 ans. À l'époque,
j'étudiais la médecine et j'avais obtenu
un emploi d'été dans un poste de soins
infirmiers situé à quelques 800 kilomètres
au nord de Winnipeg.
Le moins que je puisse dire, c'est que
l'expérience a été révélatrice. On ne
peut pas ignorer la pauvreté et les enjeux
sociaux et sanitaires qui y sont rattachés.
Le plus important problème de santé à ce
moment à Shamattawa concernait le très
grand nombre d'enfants qui inhalaient des
vapeurs d'essence, certains n'étant âgés
que de deux ou trois ans. Ce problème n'a
pas complètement disparu aujourd'hui.
Shamattawa n'avait pas beaucoup
d'infrastructures médicales. Le poste de
soins infirmiers n'était pas exactement bien
pourvu en technologie médicale moderne,
même selon les critères de l'époque.
Il y avait cependant des personnes
bienveillantes et déterminées qui y
travaillaient.
Je me souviens tout particulièrement
d'une infirmière qui s'appelait Sheila
Bryant et qui avait quitté la Jamaïque pour
immigrer au Canada. Mme Bryant était une
infirmière et une sage-femme brillante.
J'ai probablement appris plus auprès d'elle
sur les soins obstétriques que je l'ai fait à
l'université ou dans un hôpital.
Mon séjour à Shamattawa a concrétisé
mon intérêt pour le Nord. J'ai travaillé
deux ans et demi à Churchill après mes
études universitaires et j'ai travaillé sept
ans comme directeur de la Northern
Medical Unit, un organisme basé à
l'Université du Manitoba et qui fournit des
services de santé à certaines collectivités
du Nord.
Je me rends encore régulièrement dans
le Nord pour fournir des soins pédiatriques
dans diverses collectivités, mon domaine
de spécialisation. Ces séjours me
rappellent que les services font défaut dans
ces collectivités, des services que nous, à
Winnipeg, tenons pour acquis.
Je ne suis pas le seul à penser ainsi.
Beaucoup d'entre nous dans la Région
sanitaire ont eu l'occasion de travailler
dans le Nord et nous avons depuis
longtemps compris que beaucoup doit être
fait pour améliorer l'accès aux soins dans
ces collectivités. Nous avons aussi conclu
que la Région sanitaire de Winnipeg doit
jouer un rôle dans ces efforts.
Comme je l'ai déjà mentionné, le
principal fournisseur de soins actuellement
est la Northern Medical Unit. Bien que cet
organisme ait fait un travail remarquable
pour offrir des services dans le Nord au
fil des ans, il connaît certaines difficultés
au chapitre du recrutement des médecins.
On me dit que près de la moitié des postes
de médecin à l'organisme sont vacants en
raison de ces difficultés de recrutement.
Voilà comment la Région sanitaire de
Winnipeg peut aider. Actuellement, la
Région a un certain nombre de cliniques
de soins de santé qui fournissent des
services aux membres de notre collectivité.
Comparativement à la Northern Medical
Unit, nous avons plus de facilité à recruter
des médecins, du personnel infirmier et
d'autres professionnels de la santé, car
notre travail nous amène à vivre dans
une grande ville offrant de nombreuses
commodités et possibilités.
Je propose d'accroître le personnel
dans nos cliniques régionales et de
demander ensuite que plus de soins soient
offerts dans certaines collectivités du
Nord. Ainsi, une clinique de la Région
qui emploie actuellement 10 médecins
pourrait recruter trois autres médecins.
Puis, tous les médecins de cette clinique
seraient responsables de fournir des
soins à certaines collectivités du Nord.
Essentiellement, chaque médecin passerait
à peu près une semaine dans le Nord à
tous les deux mois.
Cette formule offre de nombreux
avantages. Premièrement, elle facilite le
recrutement. Un médecin qui n'est pas intéressé à travailler dans le Nord à temps plein,
mais qui aimerait y travailler à temps partiel
profiterait du meilleur des deux mondes : un
poste à temps plein à Winnipeg et des voyages
réguliers dans le Nord. Les habitants du Nord
bénéficieraient aussi de la situation : les
patients qui consultent des médecins d'une
même clinique recevraient des soins continus
améliorés. Les contribuables tireraient aussi
avantage de cette formule, car elle réduirait les
frais généraux et rendrait la prestation de soins
plus efficace.
À la Région, nous avons déjà eu des
discussions avec le gouvernement provincial,
l'Assemblée des chefs du Manitoba et la
Northern Medical Unit concernant cette idée
et elle a été bien reçue. Nous n'avons pas
encore parlé avec le gouvernement fédéral,
mais je pense qu'il serait favorable à toute
mesure qui améliorerait la qualité des soins
dans les collectivités éloignées. La prochaine
étape du processus consistera à élaborer un
accord de financement avec les divers ordres
de gouvernement pour ensuite lancer un
projet pilote en vue de vérifier son efficacité.
À plus long terme, je peux imaginer
l'utilisation de cette formule pour fournir un
large éventail de services de santé dans les
collectivités du Nord. En plus des médecins,
le programme pourrait être élargi pour inclure
des physiothérapeutes, des ergothérapeutes,
des orthophonistes et des diététistes, des
spécialités qui sont difficiles à trouver dans les
collectivités du Nord.
Quand pourrons-nous mettre sur pied un tel
projet? Je n'en suis pas certain, compte tenu
des diverses questions et des compétences
gouvernementales en jeu. Cependant, je suis
convaincu d'une chose. La Région sanitaire
de Winnipeg est le plus important fournisseur
de soins de santé au Manitoba et l'un des
plus gros au Canada. Si nous ne pouvons pas
contribuer à améliorer l'accès aux soins dans
le Nord, qui le fera?

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Le Courant
Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.
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