|
PARO
Le blanchon robotisé
PAR MARTIN ZEILIG
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, automne 2009
Aime Campbell s'installe confortablement
sur le divan d'un salon du Centre Deer
Lodge lorsqu'une petite créature à fourrure
blanche nommée PARO fait son apparition.
Blotti sur un coussin posé sur les genoux
de M. Campbell, le robot-blanchon
bouge la tête vers le haut, ouvre ses
grands yeux bruns puis laisse échapper un
petit cri joyeux.
« Oui, oui, PARO », murmure
M. Campbell tout en flattant la fourrure
du petit animal et en laissant échapper
des larmes qui coulent le long de ses
joues. De toute évidence, ce sont des
larmes de joie.
« Je pense que ça lui rappelle de bons
souvenirs », suggère Lisa Franchi, une
animatrice en loisirs au Centre Deer
Lodge qui passe beaucoup de temps avec
M. Campbell.
Cette scène devient courante à Deer
Lodge. L'hôpital effectue des recherches
afin de déterminer si PARO, un robotblanchon
conçu au Japon, peut aider
à remonter le moral des patients aînés
qui sont aux prises avec la maladie
d'Alzheimer, une affection qui attaque
le cerveau et qui nuit à la capacité de
penser clairement et de fonctionner normalement.
M. Campbell, ancien combattant de la
Seconde Guerre mondiale âgé de 94 ans,
a passé du temps de qualité avec PARO
et les sessions ont entraîné des résultats
positifs.
« PARO est très efficace, explique
Mme Franchi tout en observant l'interaction
entre M. Campbell et le robot. Quand
il tient PARO, il me répond à l'aide de
phrases complètes. S'il est anxieux ou
frustré, je lui amène PARO et d'habitude,
il répond. Ça a un effet calmant sur lui »,
ajoute-t-elle.
Les charmes de PARO sont évidents
pour quiconque entre en contact avec la
petite bête. PARO, qui en est maintenant
à la huitième génération, cligne des yeux
et roucoule lorsqu'on le caresse, un peu
comme le ferait un blanchon sauvage
aux côtés de sa mère sur un morceau
de glace à la dérive près la côte nordouest
de Terre-Neuve. Il réagit également
quand on le chatouille sous le menton ou
lorsqu'il entend certaines voix.
Techniquement, le projet de recherche
tente de déterminer si PARO peut
améliorer les aptitudes sociales et la communication
chez les résidents atteints de
limitations cognitives et sensorielles. Le
projet est mené dans le cadre du programme
interdisciplinaire de recherche
d'été du Centre Deer Lodge sous la tutelle
de Lorna Guse, professeure agrégée
de la Faculté des sciences infirmières
à l'Université du Manitoba. Les trois
principaux chercheurs universitaires de
ce programme sont trois collègues de
l'Université du Manitoba, soit Kerstin
Roger de la Faculté d'écologie humaine,
Elaine Mordoch de la Faculté des sciences
infirmières et Angela Osterreicher
de la bibliothèque de l'Université.
Le projet est financé par la Fondation
du Centre Deer Lodge, qui a fourni
15 000 $ pour le projet de cet été. Celuici
englobe aussi bien la recherche que la
formation de deux étudiants universitaires
à titre d'assistants à la recherche. Dans le
cadre de l'étude, trois résidents interagissent
avec PARO trois jours par semaine.
« Les résultats sont préliminaires, mais
les enregistrements vidéo des interactions
démontrent clairement que les résidents
prennent grand plaisir à interagir avec
PARO : ils lui sourient, le touchent et lui
parlent, souligne Mme Guse. Les membres
de notre personnel sont des experts
et savent parler aux gens atteints de
démence. Cette maladie érige une barrière
entre les gens et leur environnement.
Ainsi, PARO s'ajoute aux outils qui sont à
notre disposition afin d'aider les résidents
aux prises avec la démence à créer des
liens avec le monde qui les entoure.
PARO améliore leur qualité de vie. »
Mme Franchi affirme que M. Campbell
réagit à PARO un peu comme à la musique
— avec des larmes, de l'émotion et
une augmentation des aptitudes verbales.
« J'ai travaillé avec d'autres résidents dans
notre unité et la plupart ont réagi positivement
à PARO », ajoute-t-elle.
« Même si M. Campbell ne fait pas partie
du projet de recherche, le personnel a cru
que PARO lui ferait du bien », a indiqué
Mme Guse.
Selon le site officiel de PARO, le robot a
été inventé par M. Takanori Shibata, ingénieur
et chercheur au National Institute of
Advanced Industrial Science and Technology
(AIST) du Japon. Formé au MIT, M.
Shibata a entrepris le développement de ce
robot à la fin des années 90.
Le concept qui a mené à la création de
PARO s'inspire de la recherche en zoothérapie
qui démontre que les animaux peuvent
aider à soulager le stress et à remonter le
moral. L'objectif de M. Shibata était de créer
un robot qui puisse simuler les avantages
que présente un animal de compagnie sans
les défis posés par la garde d'animaux en
milieu hospitalier ou dans un établissement
de soins prolongés.
En 2007, lors d'une rencontre de la
Manitoba Gerontological Nursing Association
à Winnipeg, Mme Guse a vu une vidéo
où PARO était utilisé dans un centre pour
personnes âgées au Japon. Puis, en
octobre 2007, elle a eu l'occasion
de participer à une conférence de
l'International Psychogeriatric
Association au Japon.
« J'ai communiqué avec
M. Shibata avant mon départ
et il m'a mise en contact
avec M. Kazuyoshi Wada
de l'Université métropolitaine de Tokyo,
indique Mme Guse. Une grande partie de la
recherche portant sur l'utilisation de PARO
dans les foyers pour personnes âgées du
Japon provient du travail de M. Wada. Il m'a
amenée dans un foyer et je lui ai dit que je
voulais faire quelque chose de similaire au
Canada. »
À son retour, Mme Guse a discuté avec Jo-
Ann Lapointe McKenzie, infirmière en chef
à Deer Lodge et directrice du programme de
réhabilitation et de gériatrie pour la Rgion
sanitaire de Winnipeg, au sujet du travail
qui s'effectuait au Japon avec PARO.
Mme Lapointe McKenzie était enthousiaste
face à cette idée et Deer Lodge a par
la suite fait l'acquisition de deux blanchons
robotisés. « Ils sont arrivés au début
de 2008 dans une boîte sur laquelle était
inscrit le mot “PARO” », ajoute Mme
Lapointe McKenzie.
PARO consiste en un squelette de
métal rigide recouvert d'une couche
de matériel doux et de fourrure synthétique hypo-allergène. « Cette
couche contient un capteur tactile qui
mesure le contact humain », dit Mme Guse,
en ajoutant que chaque robot coûte 4 000
dollars américains.
Grâce à quatre autres capteurs principaux,
PARO perçoit la température,
la lumière, le son et sa position. « Il est
capable de déterminer la provenance du
son, de reconnaître la voix et de détecter
sa position », souligne Mme Guse, ajoutant
que 20 foyers et hôpitaux américains ont
fait l'achat de PARO à des fins de tests.
« PARO a été programmé de telle sorte
qu'il connaît plusieurs poses et mouvements.
Il possède une mémoire à long
terme. Il est programmé pour aimer la
stimulation, comme quand on le flatte.
Plus vous interagissez avec PARO, plus il
interagit avec vous et il se rappelle cette
relation grâce à sa mémoire à long terme.
PARO se pose facilement sur vos genoux
ou sur la table. »
Au Japon, l'évaluation des résultats obtenus
auprès d'aînés qui utilisent PARO est
basée sur l'utilisation d'outils d'observation
employés dans l'analyse de l'expression
faciale et de l'interaction, le compte des
expressions et des verbalisations et les tests
psychologiques (échantillons d'urine pour
mesurer les niveaux de stress). Les Japonais
effectuent des recherches sur les activités
assistées par les robots dans un foyer
depuis 2003. « En fait, la recherche en robotique
au Japon découle des inquiétudes
entraînées par le fait qu'à mesure que croît
la proportion d'adultes aînés, le nombre de
soignants décroît », indique Mme Guse.
PARO est si populaire au Japon que
plus de 1 000 unités ont été vendues à des
fournisseurs de soins dans des foyers et des
hôpitaux ainsi qu'à des consommateurs
qui veulent un compagnon robotisé, selon
un article publié en mai 2009 dans iEEE
Spectrum Inside Technology, une revue en
ligne. On y affirme que « les chercheurs
du Centre for Robot Technology du Danish
Technological Institute ont entrepris la première
étude longitudinale du potentiel de
PARO en soins gériatriques. Les chercheurs
ont distribué 30 unités à des résidents de
foyers qui étaient atteints de divers niveaux
de démence sénile, raconte l'article. PARO
aide non seulement les patients à mieux
se sentir, mais il peut également les aider
à mieux communiquer avec les autres, y
compris avec les soignants. M. Shibata
souhaite créer une version de PARO qui
stimulerait davantage la communication
verbale chez les patients qui sont atteints
de démence et qui perdent leurs habiletés
langagières. Une autre version tenterait
d'encourager l'interaction entre les autistes
et leurs soignants. »
Les membres des familles remarquent
également les effets bénéfiques de PARO.
« Une personne a dit : “Ma mère a fondu.
Elle s'est détendue. Elle a souri… Elle était
heureuse.” »
Les membres du personnel ont également
exprimé ce qu'ils pensaient de cette
technologie et la plupart ont vu l'utilisation
de PARO d'un bon oeil, ajoute Mme Guse.
« Des commentaires positifs ont également
été faits au sujet du projet de recherche
comme tel. Un membre du personnel a
indiqué : “Vous avez de bonnes idées;
continuez!” Un autre a ajouté : “Excellent
projet. Merci d'améliorer la qualité de vie à
Deer Lodge.” »
Même s'il est clair que PARO offre aux
résidents bon nombre des avantages qu'un
véritable animal de compagnie offrirait,
Mmes Guse et Lapointe McKenzie affirment
qu'elles ne savent pas exactement pourquoi
cet outil thérapeutique fonctionne
aussi bien. « Pourquoi une belle journée
d'été ou une jolie pièce de musique a-t-elle
un effet positif? Mais quand on oeuvre auprès
de gens qui sont atteints de démence
profonde et qu'on cherche à leur apporter
du réconfort, on est prêt à tout essayer »,
souligne Mme Lapointe McKenzie.
Mme Guse conclut : « On ne peut
s'empêcher de sourire quand on est
avec PARO ».
Martin Zeilig est un rédacteur
de Winnipeg.

 |
Le Courant
Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.
Lisez Le Courant |
|
|