Innovation

Agents thrombolytiques

De nouveaux outils pour permettre aux ambulanciers paramédicaux de sauver des vies

De nouveaux outils pour permettre aux ambulanciers paramédicaux de sauver des vies

PAR SUSIE STRACHAN
Région sanitaire de Winnipeg
Le Courant, été 2009

S'il avait eu le choix, Herb Griffith aurait commencé l'année 2009 différemment.

Après avoir fêté son 40e anniversaire de naissance le 31 décembre 2008, et s'être bien rétabli d'une opération chirurgicale pour une double hernie le mois précédent, Herb Griffith reçoit, le 10 janvier, un avis de mise à pied de son poste de peintre industriel.

Il avait passé les 10 premiers jours de la nouvelle année dans l'inquiétude et l'appréhension de se trouver sur la liste des personnes qui seraient bientôt prestataires de l'assurance-emploi, 10 jours pendant lesquels son niveau de stress avait augmenté. Le 10 janvier au soir, l'inquiétude au sujet de son avenir financier, de celui de son épouse, Mary-Lynn, et de sa fille de quatre ans, Jaida, le garde debout tard dans la nuit. Lorsque finalement, il se décide à rejoindre son lit, une douleur se fait sentir dans son épaule gauche.

Herb se rend à la cuisine dans l'intention de prendre une aspirine, mais en quelques secondes, la douleur est si intense qu'il en oublie ce qu'il est venu chercher. En quelques minutes, il se retrouve par terre, ayant du mal à respirer et incapable de se concentrer ni de penser de façon cohérente. Mary-Lynn compose le 911, et informe que son mari est en grande détresse avec un rythme cardiaque irrégulier. Herb est victime d'une crise cardiaque, une urgence médicale qui coûte la vie à 19 000 Canadiens par an.

« La douleur était si vive dans ma poitrine, c'était comme si je voulais me déchirer les muscles, déclare M. Griffith en se rappelant cette soirée. Je n'avais jamais ressenti une telle douleur dans la poitrine auparavant. »

Heureusement pour M. Griffith, il habite Winnipeg. En effet, en juillet dernier, le Service d'incendie et de soins médicaux d'urgence de Winnipeg (SISMUW), en partenariat avec le programme de sciences cardiaques de l'Hôpital général de Saint- Boniface, ont lancé un nouveau programme qui permet de traiter les patients victimes de crise cardiaque, comme M. Griffith, sur le terrain, un programme qui offre le bon traitement au bon moment au bon endroit plus rapidement que partout ailleurs au Canada. Il en résulte que les patients reçoivent le traitement approprié à leur cas plus tôt qu'il ne l'aurait reçu il y a un an, une percée qui permet de sauver des vies.

Le cas de M. Griffith souligne bien à quel point la nouvelle méthode est précieuse. En effet, grâce au programme d'évaluation numérique d'un infarctus de type STEMI, les ambulanciers paramédicaux répondant à un appel envoient une lecture du rythme cardiaque du patient, via un réseau sans fil sécuritaire, à un serveur informatique à l'Hôtel de ville, qui envoie un courriel aux Blackberries de six cardiologues : Erin Weldon, James Tam, Steven Hodge, Roger Phillip, Davinder Jassal et Grierson. Après discussion téléphonique entre les ambulanciers paramédicaux et le cardiologue, ce dernier décide de la meilleure façon de procéder. Au nombre des possibilités, mentionnons l'injection d'un agent thrombolytique, tel que TNK, le transport de toute urgence du patient vers le Centre de soins cardiaques Bergen, à l'Hôpital général Saint-Boniface et le transport du patient vers un autre hôpital.

Dans le cas de M. Griffith, il a été convenu que les ambulanciers paramédicaux injecteraient l'agent thrombolytique.

« Trois minutes après l'appel de mon épouse, les ambulanciers étaient sur place. J'étais à peine conscient. Ils m'ont tout de suite installé dans l'ambulance et m'ont branché à un ECG à 12 dérivations pour surveiller mon coeur, se souvient Griffith. Trois personnes s'affairaient autour de moi. L'un d'entre eux envoyait l'information au cardiologue. Ils m'ont injecté le médicament (agent thrombolytique), et 30 secondes plus tard, j'étais cohérent. C'est comme si on avait actionné un interrupteur. Il s'était écoulé 28 minutes entre le moment où ma femme a appelé l'ambulance et le moment où on m'a injecté le médicament. »

Dr Robert Grierson, directeur médical du SISMUW, déclare que le cas de M. Griffith illustre bien l'efficacité du programme d'évaluation d'un infarctus de type STEMI. « Ce qu'il faut retenir de ce programme, c'est que la décision définitive quant au traitement à mettre en oeuvre est prise immédiatement, chez le patient ou dans l'ambulance. » Auparavant, les ambulanciers ne pouvaient pas consulter un cardiologue pour savoir s'ils pouvaient injecter un agent thrombolytique. Ils ne pouvaient pas non plus savoir si le patient était une priorité pour le Centre de soins cardiaques Bergen, le lieu où se rendre en cas de crise cardiaque grave.

« Nous obtenons l'ECG dans les 45 secondes qui suivent la transmission, et discutons alors avec l'équipe paramédicale du meilleur traitement à mettre en oeuvre. J'ai pris des appels alors que j'assistais à l'entraînement de l'équipe de football de mon fils… vous pouvez littéralement être n'importe où, et tout de même sauver des vies, » déclare Grierson, ajoutant que les cardiologues participent bénévolement à ce programme, de même qu'ils paient les temps de communication via leurs Blackberries.

« Avant l'existence de ce programme, les personnes comme Herb Griffith auraient été transportées à l'hôpital le plus proche, leur état aurait été évalué à leur arrivée et on aurait alors décidé du traitement à administrer. De précieuses minutes étaient perdues. Si Herb n'est pas un « infirme cardiaque » aujourd'hui, c'est grâce au programme d'évaluation d'un infarctus de type STEMI. Son coeur est normal, car il a été traité sur le terrain, » conclut-il.

Dr James Tam, chef de l'équipe de cathétérisme à Saint-Boniface, indique que le fait d'être en communication avec l'équipe paramédicale sur le terrain présente un avantage, même si le patient doit être transporté au Centre Bergen. « Nous avons une équipe temporaire à l'hôpital, composée de trois infirmières et d'un médecin résidant, qui accueille les patients à leur arrivée. Cela permet à l'équipe de cathétérisme, qui peut être partie pour la nuit, de revenir à l'hôpital, ajoute Tam. La coopération entre le SISMUW et l'hôpital nous permet de dispenser le traitement en un temps non encore égalé dans la plupart des grandes villes. »

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur 80 patients traités grâce au programme d'évaluation d'un infarctus de type STEMI entre le 21 juillet 2008 et le 21 avril 2009, 67 ont été conduits directement au Centre Bergen, à Saint- Boniface, et 13 d'entre eux ont reçu un agent thrombolytique sur le terrain. Pour ceux qui sont venus au Centre Bergen, le temps de traitement entre l'appel et l'arrivée à l'hôpital a été en moyenne de 74 minutes, comparé à la normale nationale de 90 minutes. Dans le domaine des soins critiques, il s'agit en quelque sorte d'un record mondial.

Conclusion : Le taux de mortalité dans le cas des appels pour crise cardiaque faisant intervenir les ambulanciers paramédicaux du programme d'évaluation d'un infarctus de type STEMI est tombé à deux pour cent, par rapport à huit pour cent, pendant la période indiquée ci-dessus.

Winnipeg est la première ville en Amérique du Nord à avoir recours à la transmission numérique de données de cette manière. « Halifax dispose d'un système quelque peu similaire, de même qu'Edmonton, mais nous sommes les premiers à faire une telle combinaison de technologies, » indique Grierson.

Allant plus loin, Grierson ajoute qu'il aimerait qu'on ait recours au système d'évaluation d'un infarctus de type STEMI plus souvent. « Sur une base annuelle, le SISMUW répond à 6 000 personnes ressentant une douleur dans la poitrine, parmi lesquelles une moyenne annuelle de 200 victimes d'une crise cardiaque de type STEMI. Malheureusement, un tiers seulement des victimes de crise cardiaque appelle une ambulance. Ce serait bien de faire connaître ce programme, et de faire grimper la proportion qui composent le 911 au-dessus de 80 p. 100 », confie Grierson.

D'autres villes canadiennes, et du monde, pourront s'informer sur le programme d'évaluation d'un infarctus de type STEMI de Winnipeg, lors d'un exposé présenté à l'occasion de la réunion de la Société européenne des cardiologues, à Barcelone, en Espagne, en août prochain.

« Winnipeg est à la fine pointe de l'utilisation de la technologie et de la coopération entre les segments du système, fait remarquer Grierson, qui prévoit que le programme d'évaluation d'un infarctus de type STEMI devrait être adopté par d'autres centres, au Manitoba et au-delà. « Le SMU de Calgary est venu voir comment nous faisons. À quand remonte la dernière fois que quelqu'un s'est déplacé de la capitale du pétrole du Canada pour voir ce que l'on fait à Winnipeg? »

Herb Griffith est convaincu qu'il doit sa vie au programme de Winnipeg. « Je suis tout simplement stupéfait devant le changement qu'a permis la technologie. »

Herb fait tout son possible pour éviter deuxième visite des ambulanciers paramédicaux. Il ne fume pas, surveille son poids, fait de l'exercice régulièrement, fait vérifier sa tension artérielle et ses niveaux de cholestérol par son médecin et ne se laisse pas stresser par les petits soucis de la vie.

« J'apprécie davantage mon épouse et ma fille. Je suis reconnaissant d'être ici pour voir ma fille grandir, dit-il. La crise cardiaque était complètement inattendue, et aujourd'hui, je suis la preuve vivante que la technologie constitue une aide précieuse pour les équipes médicales et contribue à sauver des vies. »

Susie Strachan est rédactrice à Winnipeg.

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Le Courant est publié six fois l'an par le région sanitaire de Winnipeg, en collaboration avec le Winnipeg Free Press. Le magazine est disponible dans les kiosques à journaux, les hôpitaux et les cliniques de la région de Winnipeg, et chez McNally Robinson Books.

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